Dernièrement, une intervention de Christian Lacombe, après son passage à la concentration des Millevaches (19), m'a fait réfléchir (une fois n'est pas coutume !) et réagir.
Après avoir obtenu son aimable autorisation pour reproduire son texte, je vous propose ce sujet de réflexion sur l'évolution de notre environnement, de notre relation avec la machine, de nos attitudes, de la dimension humaine de notre pratique, . . . . Voilà de quoi occuper de longues soirées d'hiver, à lire et à débattre ! ! !


Pour la majorité des anciens, Christian est connu et reconnu, mais il me semble important de présenter succinctement le personnage pour les plus jeunes. Cela me paraît d'autant plus crucial qu'une partie de ses propos s'adresse à eux.
Pendant trente ans Christian Lacombe œuvre au sein de Moto-Journal.
En 1973, année de mon permis, il est rédacteur en chef. On lui doit aussi de magnifiques photos (Saarinen à Monza, quelques heures avant le tragique accident qui coutât la vie à Jarno et Renzo ?)
C'est donc lui et son équipe qui rythment grandement mon entrée dans ce monde.
Pour l'anecdote, c'est d'autant plus vrai qu'à cette époque, un pote travaille dans l'imprimerie qui édite MJ dans le 78. Nous avons donc la primeur la veille au soir de l'info, des photos et des délires de ce team tonitruant.
Acteur engagé du monde de la moto, il publie, traduit ou participe à quelques ouvrages de référence tel que :
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30 ans de moto ;
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Motos de rêves ;
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Le livre de la moto ;
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Année Moto ;
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Sport pour tous – moto, route - tout-terrain - scooter ;
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Le guide de la Moto ;
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La moto verte en 10 leçons ;
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The Motocycle ;
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Guiness Guide to Motor Cycling ;
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750 Four -Le Film-

Voici donc le texte d'une personne qui a baigné dans l'univers de la moto sous la plupart de ses facettes, qui a vécu l'évolution galopante de ces dernières décennies et qui, personnellement autant que professionnellement, est probablement un des mieux placé pour émettre des avis critiques et néanmoins relativement objectifs :
Hivernale du cœur
« Ô temps, suspend ton vol ». Mon retour aux 1 000 Vaches une quarantaine d’années plus tard dans le cadre d’un viril romantisme s’est accompagné d’une Proustienne « recherche du temps perdu ». Qu’était donc devenue la première grande hivernale française ?
Grande, elle l’est toujours – plus de 3 000 participants a vu d’œil. Mais là n’est pas l’important. C’est dans son âme qu’une concentre est une réussite, ou pas. L’âme motarde ; tout un programme.
En 40 ans, la planète moto a connu tant de bouleversements. Vulgarisation, démocratisation, multiplication.... De 150 000 motards à près de deux millions aujourd’hui, il y a de quoi perdre son âme. D’autant que cette fulgurante accélération s’est accompagnée d’une diversité de machines, de styles de pratique, de variétés de passion… à vous foutre le tournis.
Mais là, dans cet immense champ vallonné, tout se calme. On est là pour perpétuer la tradition. La bonne tradition, pas celle d’une nostalgie geignarde. Mais bien celle, immuable, des purs amoureux de la moto. De ceux qui savent converser avec leur moto. Le voyage hivernal, quoique clément cette année, sera toujours un moment privilégié d’échange entre l’homme et sa machine. Qui n’a pas caressé son réservoir, tapoté sa selle, au terme d’une longue journée de roulage dans la froidure. On est là pour une réunion de famille. Une famille extraordinaire, multiculturelle, multisociale, multi tout, de groupes, de clans, de marques, de départements, de régions, de nationalités… unifié dans ce qui doit être l’âme d’une démocratie idéale. La communication et le partage sont les deux mamelles des 1 000 Vaches.
Il y a 40 ans, la moyenne d’âge des participants tournait autour des 20 ans. Aujourd’hui elle est plutôt d’une cinquantaine d’hiver et cela m’attriste. Certes, j’ai bien aperçu ici et là quelques jeunes, fils de vieux motards pour la plupart. Mais pourquoi la majorité de nos jeunes motards boudent-ils les concentres hivernales ? Plus le goût de l’effort ? Pas l’envie de communiquer avec les anciens, jugés rabat-joies ? Choix de moto inadapté ? (y compris celui de s’offrir une machine au-dessus de ses moyens, avec pour conséquence moins de roulage). Probablement un peu de tout ça, avec la perspective, à plus ou moins long terme, que les concentres disparaissent. D’où l’importance de les multiplier, de créer des clubs plus routard que compétition. Enfin, et surtout, c’est aux anciens de faire découvrir aux nouveaux l’âme des concentres.
Autre constat, la majorité des participants sont venus de province (petite ville / village). Alors que le gros des motards est dans les grandes villes. Résultat d’une pratique de la moto plus tourné vers son aspect pratique que ludique. Du moins pour le plus grand nombre de motards citadins. Je n’aime pas l’idée de « après nous le déluge », et toute ma vie professionnelle de journaleux a été dicté par « donner l’envie d’avoir envie ». La pérennité de la passion moto et de son développement en dépend. Ici au 1 000 Vaches, cette passion sature l’atmosphère, palpite autour de chaque feu de camp avec ce plus propre aux concentrations hivernales : la fraternité.
PS : Grand grand merci à Bill pour sa gentillesse, sa disponibilité, ses talents d’organisateur, et aux motards fidèles lecteurs de MJ qui ont reconnu leur « vieux frère ».

Je vous laisse réagir à ces propos, dans votre coin, avec vos copains ou au travers des commentaires de ce blog afin de continuer à partager . . .
Certains l'ont déjà fait sur le forum du Moto Club Meymacois. Parmi ces répliques, je vous en soumet deux :
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Celle d'un (légèrement) plus jeune qui positionne un certain point de vue de la génération montante.
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Ma propre réaction issue de mon émotion à la lecture de ces lignes dont je partage parfaitement le fond et peut-être un peu moins certaines formulations.
La répartie de Nono le Girondin :
La plume n'a effectivement pas pris une ride.
Quel bonheur de lire un tel sujet, une telle vision des choses, aussi perspicace soit elle !!
J'apporterais cependant un peu d'optimisme à Mr Lacombe en lui parlant de mon Millevaches.
C'est en effet à l'initiative d'un ami, F6, participant de première heure puisqu'à peine son permis en poche il participait à l'édition de 1970 au guidon de sa Ducati. 40 ans plus tard, il était de retour.
J'avoue avoir une réelle admiration pour F6. Motard au long court, il a un peu tout vu et tout connu, de la route à la piste. C'est en le suivant lors de meetings que j'ai appris à "rouler" sur route, vraiment, c'est à dire rapidement, mais avec toute la sécurité nécessaire. De plus, il vit la moto autant qu'il la pratique, c'est un peu à ça aussi qu'on reconnait les "anciens".
C'est ainsi dans cet élan que je me suis inscrit, accompagné de mon fidèle Jean Baptiste. JB, c'est mon pote de Bordeaux, jeune motard amoureux de la vie, de l'apéro et de la moto (tout en dissociant les 2 quand il faut rouler).
Ainsi, JB (25 ans) et moi-même (37 ans) participions à notre première concentration hivernale, notre premier Millevaches. Avec nos motos de tous les jours, des sportives peu ou pas faites pour ce genre d'épreuve (j'en veux pour preuve ma tentative de montée de la légère pente avec ma Ducat' et me retrouvé piégé patinant au beau milieu). Et avec la logistique minimale pour passer un w-e dans les meilleures conditions. Et s'il avait neigé, nous aurions quand même essayé de parcourir les 300 kms pour nous y rendre et tenter de monter sur le plateau, non mais !!
Et je veux ainsi rassurer Mr Lacombe par cet exemple, en montrant qu'effectivement des anciens savent allumer la flamme chez les novices. Que nous avons fait fi de toutes les difficultés que nous aurions pu rencontrer, notamment en nous inscrivant bien à l'avance. Que nous allons participer à faire connaître cette manifestation qui, il faut le dire, manque de publicité auprès d'un plus large public.
Certes, il faudra surement tempérer les ardeurs afin de ne pas retomber dans les problèmes des années 70 qui amenèrent à procéder à des "invitations" ni à en faire une manifestation "commerciale".
Mais, en constatant tous les jours le maigre flot de motocyclétistes bravant les conditions hivernales, je sais que les Millevaches s'adressent à un public choisi, à ce groupe qui, ne se connaissant pas, partagera le même état d'esprit autour d'un bon vin chaud en narrant ses péripéties de trajet, avec ce bon rire gras et cette convivialité qui font l'évènement.

La réponse de Div19 :
Tous ces constats que tu évoque avec une pointe d'amertume voilée derrière les multiples questionnements, je les vis régulièrement. D'ailleurs, au cours de ces Millevaches je disais à un de ces jeunes : "Les personnes à moto ne sont pas obligatoirement des motards", au moins dans le sens ou je l'entend.
C'est vrai que depuis mes débuts en moto il y a 38 ans, le marché a bien évolué et l'état d'esprit avec (et c'est peut-être l'inverse d'ailleurs). Je crois que cette évolution n'est pas propre à la moto, mais générique, globale, une mutation apparemment inéluctable de la société. Tu évoque une réunion de famille, et c'est comme ça que j'ai toujours voulu le vivre, avec une recherche de l'abolition des barrières socio-culturelles, linguistiques, historiques ou autres qui favorise l'ouverture d'esprit, la compréhension et l'acceptation de l'autre pour offrir les joies du partage et de la communion.
J'ai l'immense plaisir de continuer à pouvoir vivre ces moments forts de rencontres d'hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, ouvriers et patrons. Notre fédération est la moto. Nos objectifs sont le partage, la détente, l'entraide, la rigolade, . . . Nous gagnons tous dans ces échanges pas toujours faciles, mais fortement valorisants.
Tu as effectivement grandement œuvré dans le "donner l'envie d'avoir envie" et j'espère que nous sommes encore beaucoup à continuer dans ce sens. De nombreux jeunes s'activent dans nos sillages (j'en donne deux exemples dans mon CR des Millevaches, et l'on en trouve de nombreux autres dans les pages de mon blog). De nombreux jeunes apprécient de partager nos histoires, de "pomper" notre expérience ou de participer à nos virées. Certains sont même étonnés que nous les acceptions. Excès de timidité, ou perte des notions de partage et d'échanges "gratuits" ?
Enfin, Christian, je veux te remercier pour tes propos qui doivent faire chaud au cœur des personnes qui se sont investit corps et âme dans le renouveau de cette concentration mythique. J'ai eu l'honneur, la chance et le plaisir de participer aux prémices de cette résurrection et j'affirme et répète que la clef de voute de toute cette réflexion résidait dans ces termes :
"Garder, autant que possible, l'esprit de l'époque"
A ce titre, ta conclusion est probablement le plus bel hommage qu'ils puissent recevoir. Il me reste à espérer que ces paroles du "grand gourou" (au moins pour nous, les vieux) donne l'envie à d'autres de participer à de tels évènements.
Merci chers lecteurs d'avoir absorbé tout cela.
La parole, ou plus exactement le clavier, est maintenant à vous . . .
Quelques publications de Christian LACOMBE.
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