Je suis dans la phase finale de ma mise en place pour le week-end lorsque le téléphone sonne. C'est Eric ! Il a fait un détour par Aurillac pour prendre en charge une copine, Isabelle et il m'annonce son départ pour rejoindre Bort. Je lui propose de venir à sa rencontre. Cela me remettra en jambe et, surtout, permettra à ma passagère, Chantal, de se "chauffer" avant un long week-end de moto.
En effet, nos deux accompagnatrices sont relativement novices dans le domaine. Particulièrement pour Isabelle, car Chantal a déjà profité de quelques balades locales ces derniers mois et a pu ainsi retrouver un univers connu dans sa jeunesse.
Lorsque nous arrivons sur la place de l'église à Mauriac (15), notre point de rendez-vous, le Z1000 Kawasaki cliquette et Isabelle et Eric viennent juste d'en descendre, les casques encore sur la tête !
Cela devient une tradition pour Eric et moi ces arrivées dans la même minute sur des places d'églises … Une mesure d'une connivence certaine et d'habitudes communes !
Le plaisir des retrouvailles autour d'un café en terrasse sous un soleil voilé, et le quatuor reprend la route pour rejoindre le camp de base de Bort.
La soirée est fort agréable autour du chou farci admirablement accommodé par Chantal. Bien qu'en Auvergne, elle utilise une recette Charentaise. Ici, la préparation est cuite dans un bouillon et le résultat est savoureux.
L'appétit aiguisé par un délicat et alléchant fumet est conforté par le savant équilibre de la viande et des légumes agrémentés d'ail de persil et de fines herbes. Un régal !
Au milieu de la nuit, avec Eric nous prenons congé des filles et allons préparer le petit déjeuner … Oh, pas trop dur. Juste sortir du congélateur la fournée de croissants nécessaire. En effet, depuis que j'ai donné cette habitude à Eric, cela fait partie maintenant de sa liste de désirs culinaires … Mes petits triangles de pâte roulés dressés au préalable vont lever pendant notre sommeil et seront cuits au réveil pendant notre premier café, ainsi que la Tatin pour le soir !
Une bonne façon de démarrer une journée de bien agréable manière, d'autant que la météo est très incertaine. Au refroidissement annoncé et déjà apparu la veille, s'ajoute les risques d'averses.
Nous avons rendez-vous vers midi à Massiac (15) avec Fabrice qui arrive de la vallée du Rhône. Nous n'avons donc pas la pression en termes de délai, d'autant que j'ai prévu un itinéraire roulant, limitant les surprises. D'abord la RAB (Route A Bonheur) chère à Dédé 07, Bort - Riom es Montagne – Murat, puis la vallée de l'Alagnon jusqu'à Massiac. Du bon revêtement routier et très peu de lignes droites, le tout dans de somptueux décors.
La préparation du départ est relativement longue. Ces dames hésitent à enfiler les tenues de pluie que nous leur conseillons. Look ou confort ? Une alternative kafkaïenne pour les féminines de l'étape ! ! !
Mais une violente averse met fin aux questionnements. En attendant la fermeture des vannes célestes, les survêtements imperméables sont finalement adoptés ! ! !
Nous partons donc sur des routes détrempées, mais sans pluie. Bien que mesurée, l'allure est soutenue, le style enroulé, évitant les à-coups intempestifs. De plus, les points de vue sont limités par un plafond bas et gris. Heureusement, les multiples et tendres teintes vertes du printemps viennent égayer cette tristesse ambiante, de plus en plus froide.
A Murat, pause-café. Chacun a encaissé le froid mordant et certains bouts de doigts sont endoloris. Heureusement, nous n'avons pas eu de pluie. Que dis-je de neige plutôt ! En effet, dans la descente du col d'Entremont, une fugace trouée dans les nuages nous a offert pendant un instant une magnifique surprise. Le Lioran scintillant de sa toute fraîche couverture immaculée …
Les filles font maintenant fi de l'apparence vestimentaire. Elles sont satisfaites d'avoir revêtu ces tenues certes disgracieuses mais efficaces !
Dans la descente de la vallée de l'Alagnon, le rythme s'accélère légèrement. Les routes sont séchantes, voire même parfaitement sèches sur certaines portions.
Comme nous arrivons en avance, je file directement vers le supermarché local afin de faire les courses pour le pique-nique et sustenter les bécanes. En arrivant sur le parking, j'aperçois une moto à une centaine de mètres devant. Tiens, elle est rouge … Je regarde plus attentivement et constate que c'est bien Fabrice ! Nous présentons donc les 3 motos au ravitaillement dans un concert parfait. La classe !
Nos destriers parqués, je fais rapidement les présentations. Fabrice est un ami de longue date, et il me l'a encore largement prouvé il y a quelques mois en venant faire le "garde-malade" lors de ma retraite forcée … Je l'ai connu jeune motard et nous avons vécu bien des aventures au cours de quelques dizaines de milliers de kilomètres ensemble !
Les emplettes de nourriture réalisées, nous repartons vers la ville afin de nous attabler devant un café et débattre du programme. Mes propositions sont adoptées et nous voilà repartis sur de petites routes maintenant.
Dès la sortie de la ville, nous attaquons la longue montée qui nous mène vers le plateau du Cézalier. Quelques surprises (boue, gravillons, dépôts végétaux, …) tempèrent notre ardeur et rappellent la somme des risques possibles sur ces routes de montagne, sans parler des entrées en courbe sur route sèche et sorties sur le mouillé, par exemple. Il est donc prudent d'anticiper tous ces pièges potentiels …
Sur le plateau, la visibilité s'est améliorée. Les violentes rafales de vent qui nous bousculent, font aussi défiler rapidement les nuages, allant même jusqu'à offrir de salvateurs passages aux rayons solaires qui nous réchauffent par intermittence. Nous continuons à nous engager au sein de ce magnifique Parc Naturel des Volcans d'Auvergne par Allanche, Marcenat puis la descente vers Condat, où nous remontons la vallée de la grande Rhue vers Besse. Une superbe route pour les motos … où nous pouvons avoir certaines difficultés à respecter les limitations de vitesse ! ! !
Dès la sortie de la ville, je prends immédiatement un rythme assez rapide, suivi de près par le Z1000 de Eric qui doit se délecter. Inexorablement, Fabrice, plus prudent et limité en puissance par le moteur bridé de son Yamaha MT07, s'éloigne.
Soudain, un souvenir me revient. Une halte avec mon grand Maxime pour admirer une cascade. Elle doit être grandiose en ce moment avec ces pluies et les fontes des dernières neiges ! De plus la luminosité s'accroit et cela sera peut-être l'occasion de faire notre pique-nique.
Je ralentis donc afin de permettre à Fabrice de recoller. Une incursion sur une petite route qui nous amène sur un parking et … des tables bordant un charmant petit lac. Bingo, c'est le lieu de pause idéal !
Après la visite à la cascade qui s'avère débordante d'activité, nous nous installons confortablement pour notre déjeuner, le soleil nous faisant grâce d'une apparition bienvenue dans cet air froid.
Alors que nous avons fini le repas, quelques gouttes éparses nous engagent à repartir.
Avec Eric, nous profitons des superbes enchainements de cette route, pas uniformément sèche, mais suffisamment engageante. Fabrice prend un peu de retard, mais reste en vue dans les rares lignes droites, pas très longues. Alors que nous arrivons en vue du secteur le plus jouissif, une succession ininterrompue de courbes à la vision dégagée, un bref mais violent orage inonde l'environnement. Pas question d'attaquer dans de telles conditions. Nous en profitons pour réduire suffisamment l'allure et permettre ainsi à Fabrice de faire sa jonction, d'autant que nous approchons de la nouvelle halte, le lac Pavin.
La pause au sommet est rapide. Juste le temps d'admirer cette masse liquide et pure enchâssée dans le plus jeune volcan de la chaîne. Mais le vent froid nous pousse rapidement à redescendre. Au niveau de l'eau, nous sommes à l'abri du vent et sous le soleil. Mais les basses températures nous refoulent tout de même dans la salle du restaurant pour déguster chocolat et café.
D'un commun accord, sous traversons Besse pour emprunter un itinéraire inconnu encore pour Eric. La dernière fois c'était la vallée de Chaudefour et le col de la Croix Saint Robert. Aujourd'hui, c'est Murol et son imposante forteresse dominant la vallée avant de longer le lac Chambon puis attaquer l'ascension du col de la Croix Morand (1401 m.).
Le froid s'intensifie et la grisaille aussi. Nous nous empressons donc de redescendre vers l'autre vallée, celle de la source de la Dordogne. Enfin, empressons est d'ailleurs un bien grand mot. Il me semble que les parois rocheuses sont couvertes de glace. Je redouble donc de vigilance et limite grandement la vitesse. En arrivant à La Bourboule, un thermomètre nous annonce un vaillant +2° … Ce devait donc bien être de la glace plus haut !
Dernière pause-café-chocolat et Eric confirme mon ressenti. Il a glissé un instant sur une plaque de verglas … C'est passé, c'était beau !
La soirée est endiablée. Nous avons invités des voisins, notre Super-Mamie Jacqueline ainsi que Patrick et Alain. Malheureusement, ce dernier aura un empêchement au dernier moment. Dommage, la chaire semble avoir été appréciée (Lasagnes saumon épinards et tarte Tatin) et les délires multiples, notamment pour cette photo réalisée pour nos amis Choletais du team MP Racing ! ! !
Samedi matin, départ vers 8h00 en direction du Puy Mary, après les sempiternels croissants !
Je ne suis pas très confiant dans la météo, dont j'ai enregistré mentalement les cartes pour prévoir des solutions alternatives, mais qui sait, cela évolue vite en montagne.
Du plateau entre Bort et Mauriac, j'ausculte le massif sur notre gauche. Bien bouché !
Nous passons Salers pour nous enfoncer dans un nuage s'épaississant avec la prise d'altitude dans cette pourtant superbe vallée de la Maronne dont seuls quelques mètres de route sont visibles aujourd'hui !
Pause-café au col de Néronne dans l'auberge où nous sommes parfaitement reçus, comme d'habitude, autour d'un réconfortant feu de cheminée.
(Auberge du col de Néronne – Bar, restaurant, chambres d'hôtes – 04.71.40.90.81).
Heureusement, j'avais fait une photo de ce relais-motard la semaine dernière. A ce moment, ce serait un grand voile gris …
Nous repartons toutefois dans cette purée de pois.
En plongeant dans la forêt du cirque du Falgoux, la visibilité s'améliore et un léger espoir renait … de courte durée. Dès les premiers tours de roues de l'ascension du Pas de Peyrol (1588 m.) la visibilité est vite réduite à quelques mètres. Evidemment, train de sénateur, et heureusement. Sur cette route particulièrement étroite, nous croisons un sombre abruti en "lanternes", donc visible au dernier moment. Un danger public (comme bien d'autres d'ailleurs), qui ne doit même pas connaitre le français puisque les termes consacrés relatifs à l'éclairage automobile sont "feux de stationnement" et "feux de croisement". Quand on n'est pas une lumière, on prend la précaution d'allumer celles de son véhicule, dans la bonne position !
Après une pause-café, il est évident que la situation ne va pas s'améliorer rapidement, d'autant que le vent qui nous gênait la veille est inexistant maintenant. Nous optons donc pour une incursion dans le sud, plus prometteur.
Au moment de partir, un couple en BMW GS ausculte une carte. Eric remarque leur immatriculation, 33. Ils sont donc relativement voisins.
Une discussion s'engage lorsque je leur propose mon aide. Après un rapide conciliabule, le pilote demande s'il peut nous suivre vers Aurillac, et nous voilà repartis à quatre motos !
La descente est épique. Visibilité extrêmement réduite. Trafic de vélos important, surtout dans la montée, avec des voitures qui doublent, sans clignotants et même parfois sans aucun éclairage … Résultat, à plusieurs reprises, je me retrouve nez à nez avec ces véhicules.
Un peu stressant !
A tel point que je ne veux pas doubler un vélo qui nous précède. Il roule à peine moins vite que nous et nos difficultés sont sûrement amplifiées pour lui. Il a d'ailleurs parfaitement compris la situation et reprend une place moins scabreuse sur la chaussée. Dès que la situation s'améliore, il se resserre à droite et favorise notre passage.
A mon sens, une saine mise en pratique des conseils suggérés par de nombreux panneaux dans ces environnements de montagne : "Partageons la route" !
Dans la vallée de Mandailles, nous retrouvons la visibilité et pouvons redonner du rythme aux mouvements de balancier des bécanes. Bientôt, des trouées permettent au soleil d'illuminer des portions des pans de montagnes qui nous entourent. Réconfortant et magnifique !
Ainsi, la trentaine de kilomètres serpentant le long de la Jordanne jusqu'à Aurillac est rapidement négociée.
Je contourne la ville par une route sinueuse à souhait, avec pour objectif de refaire le point avec nos BMistes. En effet, en fonction de leurs désirs, de nouvelles options peuvent être prises. Je stoppe donc à l'orée de la nationale 122 et ils me font part de leur volonté de découvrir le Puy Mary … avec de la lumière ! S'ils continuent avec nous, ils vont s'en éloigner grandement. Par contre, s'ils remontent la vallée de la Cère vers Murat, ils peuvent ensuite retourner rapidement vers ce massif …
Et c'est le choix qu'ils font. Ils me demandent si je sais où manger, mais je suis trop proche de chez moi pour avoir testé ces établissements. Néanmoins, je leur procure d'autres conseils, ne serait-ce que d'éviter le tunnel si l'horizon est suffisamment dégagé. Ils pourront ainsi profiter des panoramas du col de Front de Cère puis de la station du Lioran !
Nous nous saluons donc pour partir aux opposés.
En ce qui nous concerne, c'est vers la vallée du Lot. A Arpajon, nous passons à quelques dizaines de mètres du magasin d'aquariophilie d'Isabelle. La pauvre, elle doit redouter que nous la ramenions au boulot !
La dernière fois que j'ai emprunté cette route, c'est lors du premier grand voyage en moto de Maxime. Je me remémore tous ces bons moments, toutes ses réactions enchantées dans ces paysages sublimes, sa fatigue accumulée au cours de cette très longue journée et, surtout, les prémices d'un renouveau prometteur pour ce jeune adolescent malmené par la vie (cf. Tribulations d'un jeune motard, Maxime).
Que de chemin parcouru depuis par ce dorénavant jeune adulte responsable, autonome, accrocheur et joyeux ! ! !
Après le passage sur le magnifique pont qui enjambe la Truyère à Entraygues, pause à Estaing où l'humeur est joyeuse. Entre le soleil qui joue avec une nature exubérante, des architectures grandioses, et une portion de route où les trois motos ne se sont pas quittées dans leurs balancements incessants, le moral est remonté de plusieurs crans !
Les filles, comme Fabrice, ont quitté les tenues pluie et les valises de mon "veau" sont bienvenues pour charger ce qui devient enfin superflu.
Après une rapide incursion dans Espalion pour découvrir de nouveaux trésors d'architecture, nous retrouvons avec délectation de nouvelles routes à virage en montant à l'assaut de l'Aubrac.
Là encore, mon esprit divague. Mon dernier passage ici, dans le sens inverse, date de plusieurs années. C'était quelques petites heures avant l'accident de Laurence, lors d'une concentration du Repaire des Motards …
Nouvelle séquence émotionnelle !
Là encore, nous décrochons rapidement Fabrice, emportés par la fougue du Z1000 qui me talonne, piaffant d'impatience de pousser à des prises d'angles plus accentuées. Heureusement, et pour la première fois depuis ma chute de Nantes, je commence à me détendre et à porter mon regard plus loin (voilà qui devrait faire plaisir à Blanco qui m'en faisait la remarque lors de notre dernière virée commune !). A l'arrêt repas, où les mines commencent à montrer la fatigue, le constat est clair. Les flèches des bords du pneu arrière sont allées tâter le bitume …
Un renouveau de confiance bienvenu, d'autant qu'avec une passagère, je minimise mon enthousiasme !
Lors de la pause-café à Laguiole, Fabrice évoque ses dernières incursions dans le secteur. Dans la discussion, il parle du viaduc de Garabit, et Eric marque un intérêt certain.
Changement d'itinéraire donc.
Nous avions prévu un ravitaillement des motos à Saint-Flour, mais ce détour risque d'être trop long. Nous nous arrêterons donc à Chaudes-Aigues pour faire le plein. En ce qui me concerne, c'est juste un complément pour ne pas faire rougir la carte bancaire de Chantal.
La mienne semble définitivement "muette" et refuse toute transaction !
A la sortie de Laguiole, une Clio RS tente de nous bouchonner, suivant un autre véhicule à l'allure particulièrement modérée. Dès que la visibilité le permet j'amorce mon dépassement mais, le sombre véhicule déboite dans ma roue avant, en outre sans clignotant. Bien sûr je m'attendais à cette manœuvre et m'écarte d'autant, mais il finit par me surprendre en écrasant ses freins … le premier véhicule amorce un virage à gauche pour s'engager sur une petite route, sans aucune précaution préalable. A mon tour, je tire avec vigueur le levier droit pour stopper la machine avant le choc …
Mais Eric s'est engagé dans mon sillage. Il n'a pas pu détecter cet enchainement de faits. Il freine brutalement, heureusement avec une machine et une expérience adaptée et son pneu avant vient lécher ma bavette arrière …
C'est passé … mais c'était très limite !
Une petite route qui tournicote sur les hauteurs de la vallée de la Haute Truyère, un arrêt spectacle dominant le lac du barrage de Grandval et nous voici au pied d'une œuvre majeure d'un certain Eiffel.
Et là encore j'ai une pensée pour l'ami Blanco lorsqu'il nous relatait ses excursions dans le secteur et tentait d'expliquer, benoitement, les extravagances de deux fusées vertes :
"Quand j'ai vu les panneaux - Circuit des Monts du Cantal - avec ces superbes courbes, j'ai vissé la poignée, Enrico collé au train …
Nous l'avons pourtant écumé ce circuit, mais nous n'avons jamais trouvé les stands ! ! ! "
Certains doivent encore se souvenir de quelques dépassements de ces deux bolides Kawasaki lors des rencontres du Repaire des Motards …
Un dernier arrêt à Saint-Flour pour acquérir quelques grillades et nous voilà de nouveau sur la RAB. Sans vouloir y battre un record établi par Dédé et Carlo, le duo des gros cubes roule à des vitesses … inavouables, sauf dans les secteurs connus pour être propices à des traquenards fréquents, et dans les communes.
A l'approche de Murat, nous calmons le jeu pour permettre à Fabrice de recoller. Avec sa tenue jaune fluo, il est détectable de loin, et il est aisé de gérer son retour.
A la sortie de Murat, même fougue. Une petite attente dans la descente de la vallée de la Santoire, mais la MT07 se trouve bloquée par un camion alors que devant, nos envolées sont musclées. Mais ce n'est pas encore assez pour Eric qui me dépasse et part comme une fusée dans ces longues et belles courbes. Il me laisse ensuite revenir, puis, de nouveau, nous attendons Fabrice pour traverser Riom ensemble.
A la sortie de la ville, même scénario pendant quelques kilomètres avant de laisser revenir la petite "Yamaha" légèrement castrée. L'attente dure plusieurs kilomètres à une allure pourtant bien faible et je commence à m'inquiéter lorsqu'enfin, dans une zone d'ombre, apparaît un phare. Mais non, ce n'est pas lui, c'est un side-car, avec un panier également jaune fluo, d'où l'erreur de perception initiale.
Mon inquiétude remonte d'un cran alors que l'équipage se rapproche plus rapidement. Et là, mon inquiétude change de registre et s'amplifie. C'est bien Fabrice et sa veste jaune, mais ce que j'avais pris pour un panier fluo est tout simplement la décoration avant d'un véhicule de Gendarmerie. De plus, il s'avère que cette voiture est tout simplement une Mégane RS, plus fréquente sur les autoroutes …
Si nous avons déboulé devant eux il y a quelques minutes, nous allons passer un sale quart d'heure …
Je suis de plus en plus dubitatif. Ils restent derrière, bien sagement, alors que nous roulons un poil au-dessous de la limite de vitesse et qu'ils peuvent doubler sans problèmes. Que veulent-ils ?
Une chose est certaine, le jeu est fini …
Une petite route sur la droite est un raccourci pour rejoindre Bort. Je décide de l'emprunter pour ne plus avoir cette "épée de Damoclès" dans le dos …
Et là, ma crainte s'accroit encore, ils nous suivent et passent rapidement Fabrice. Dans le bout droit suivant ils doublent Eric et se positionnent dans ma roue. En arrivant sur le stop, je leur fait signe du pied qu'ils peuvent passer. Ils se portent à notre hauteur, nous marquons l'arrêt ensemble et les deux militaires nous adressent des signes de remerciement avec de légers sourires …
Sadisme ? ? ?
Je les laisse repartir et prends leur sillage. Pas longtemps. Ils ne respectent plus les limitations, eux, et je ne cherche pas la provocation.
Lorsque nous arrivons à l'entrée de Bort, nous les retrouvons, se positionnant dans un rond-point. En passant devant eux, j'ai ouvert le casque et les apostrophe, en souriant : "Si j'avais su que c'était pour cela, je ne vous aurai pas laissé passer". Eclats de rires communs et saluts réciproques …
Ca va nettement mieux !
A l'arrivée, nous comparons nos ressentis. Eric est passé par les mêmes phases, de la perception initiale d'un side-car à l'attente d'un arrêt provoqué pour un contrôle … et de gros soucis suivant l'endroit où ils nous auraient vus passer …
Quand à Fabrice, il ne s'est aperçu de leur présence que lorsque nous avons bifurqué ! ! !
Voilà un sujet qui a bien alimenté notre soirée en terrasse chez Chantal autour de savoureuses grillades.
Dimanche matin, cela sent déjà la fin du week-end. Fabrice désire rentrer de bonne heure en vallée du Rhône et a fixé son départ à 8h00. Nous lui proposons de l'accompagner jusqu'à Murat. Nous pourrons ainsi vérifier l'état des nuages autour du Puy Mary et programmer un éventuel retour par là.
Comme la veille, les deux vieux délinquants s'encanaillent (encore que, pour être plus exact, c'est un vieux et un plus jeune … et ce plus jeune est le pire des deux. Il s'offre à nouveau une échappée mémorable !), mais les trois motos arrivent ensemble à Murat où Fabrice nous quitte pour poursuivre en solitaire.
Pour les deux machines restantes, la route de l'aller est reprise sur quelques kilomètres, puis abandonnée après le col d'Entremont pour plonger vers la Santoire et remonter la vallée.
Petite pause à mi-hauteur pour prendre quelques photos :
Au sommet, je bifurque immédiatement à gauche en direction d'Aurillac, comme hier matin. Mais avec la vue maintenant !
Quelques centaines de mètres et nous stoppons sur la crête. La route semble en lévitation entre la vallée de la Jordanne et celle du Falgoux. Magique !
Eric peut ainsi découvrir la route qui descend vers Mandailles et que nous avons empruntée la veille dans la purée de pois. Il en a du mal à se repérer.
Mais le vent vigoureux et froid nous pousse vite à retourner au Pas de Peyrol, relativement abrité derrière le Puy Mary. Nouveau point de vue sur le Falgoux et découverte des vallées de la Santoire et de Cheylade.
Grandiose et d'autant plus somptueux que les jeux de lumière font évoluer en permanence la vision du décor !
Nous redescendons ensuite par la magnifique forêt du Falgoux avant d'obliquer dans la vallée du Mars que nous quittons rapidement pour rejoindre Auzers et son château :
Encore quelques portions de routes laborieuses, étroites, sinueuses, parsemées de terre et gravier et traversées par des animaux (un écureuil n'est pas passé loin …) pour une dernière pause-café à Menet, le fief de Chantal.
Nous arrivons à Bort où nous dégustons des (très bons) restes du week-end, puis suivre à la télévision le Grand Prix de France de MotoGP qui se déroule au Mans.
Un spectacle d'un autre genre, mais dantesque aussi. Quelle course !
Eric prend congé pour un retour à étapes. Il dépose Isabelle à Aurillac avant de se propulser à Brive pour rendre visite à d'autres amis …
Et tout ce petit monde est bien rentré ! ! !