La première fois que nous nous voyons, c'est totalement par hasard. J'attends des potes à mon QG, la brasserie "Les Négociants" à Montélimar, pour une sortie. Un motard esseulé est au bar et il est possible qu'il ait été convié à notre balade par un autre. Je l'aborde donc pour savoir si c'est le cas, mais sa réponse est négative.
Néanmoins, je lui expose notre projet de monter au lac d'Issarlès par la vallée de l'Eyrieux (07) et il adhère à l'idée. Comme nous avons prévu un pique-nique, il s'empresse d'aller faire deux courses le temps que les autre arrivent.
A son retour, sur son TDM, les 17 autres motos sont là. Nous finissons le café et partons sous un soleil radieux. André et sa vaillante NX prend la tête des opérations et, fidèle à mes habitudes pour les groupes importants, j'assure les changements de direction. Heureusement car en arrivant à Rochemaure une scission importante s'est créée et le second peloton peut ainsi reprendre contact avec la tête. Fabrice s'est arrêté au rond point avec moi et il acquiert une nouvelle expérience qu'il utilisera fréquemment par la suite lorsque je serai le meneur d'autres sorties.
Dans les longues courbes qui nous mènent à Privas, André s'encanaille. A la vue d'un autre troupeau de motos, il bascule son interrupteur sur "ON" et enfume tout le monde, suivi par la majorité de notre troupe. D'ailleurs, la semaine suivante Pierre Tissot m'explique qu'il s'est fait doubler par une bande de furieux. Je lui explique que je le sais puisqu'il nous bouchonnait en ayant pris l'aspiration des premiers, et que nous n'étions pas furieux puisque nous avions mis devant le plus âgé avec la plus petite moto ! ! ! Il ne connaissait Le ANDRE !
Cette première sortie avec Fabrice marque le début d'une longue et mouvementée période d'amitié. Nous sommes tous les deux célibataires et profitons donc de nos temps libres pour écumer toutes les routes de la région. Encore jeune permis, il prend rapidement de l'assurance et une expérience salutaire.
Quelques temps auparavant, il avait vécu une sortie de route en roulant dans un groupe qui ne tenait peut-être pas assez compte du manque d'expérience et de maîtrise. Fabrice passera rapidement au 1000 Fazer.
Nous arriverons à un tel niveau de complicité sur la route que nous pourrons rouler des dizaines de kilomètres en gardant un espace quasi constant entre les motos. Nous pourrions fixer une corde entre les deux machines sans qu'elle ne rompe ou ne traîne par terre, quelle que soit la vitesse ou la nature de la route.
Quelques fait marquants ou épiques durant ces années :
Un soir d'été nous prenons le café chez une amie, Patricia à Bourg Saint Andéol, après une délicieuse pizza chez Christophe à Saint Martin d'Ardèche. Le troisième larron, un jeune en 600 GSXR nous abandonne sèchement le café à peine servi. Nous finissons nos tasses et prenons rapidement congé. J'ai hâte d'expliquer ma façon de penser à ce petit malappris qui semble manquer de la plus élémentaire politesse (Ah, ces vieux avec leurs principes !).
Nous repartons comme des balles vers Montélimar. Heureusement, les radars ne foisonnaient pas à cette époque. A la sortie de Chateauneuf, nous apercevons au loin un feu rouge. A-t-il eu un problème pour être seulement là ?
Dès la sortie de ville, d'un accord tacite, nous essorons les poignées. Mon compteur approche de son maxi et nous fondons littéralement sur le traînard. Arrivés à sa hauteur, nous constatons que ce n'est qu'une 125 esseulée. Nous comprenons mieux pourquoi nous l'avons rattrapée si vite. Nous repartons de plus belle et rigolons secrètement en pensant aux réactions de ce pauvre motard. Il n'a pas dû comprendre ce qu'il lui arrivait.
A Montélimar, la Suzuki n'est pas dans mon garage (je lui laissais libre accès pour remiser sa moto afin qu'elle ne couche pas
dehors). Une légère inquiétude commence à poindre. Nous allons voir aux Négociants. Il n'est pas là et personne ne l'a vu. Nous vérifions dans les
quelques bars encore ouverts, mais ne trouvons aucune trace. Franchement préoccupés nous retournons chez moi, il n'est toujours pas là et son téléphone est toujours en messagerie.
Particulièrement perplexes, nous décidons de retourner aux Négociants et d'y attendre une demi heure avant de refaire la route, bien que nous n'ayons
rien vu de particulier à notre passage. Il arrive quelques minutes plus tard et nous explique qu'ils s'est trompé de route et s'est perdu dans les garrigues qui surplombent les gorges de
l'Ardèche.
Nous évacuons notre tension très sournoisement par ce style de propos :
La 600 GSXR, la seule moto qui, pour faire 25 kilomètres, part avec 10 minutes d'avance pour arriver 20 minutes plus tard ! ! !
Un samedi de novembre, nous sommes allés au salon de la moto de Valence, le temps est frais mais magnifique. En fin d'après midi, revenu à Montélimar, j'annonce à Fabrice que nous avons deux jours devant nous (le 11 novembre étant le lundi) et que j'espère bien profiter de ce beau temps. Il est d'accord mais n'a pas d'idée particulière. Je lui propose d'aller rendre visite à une auberge de jeunesse à Nice. Sa copine n'est pas trop enthousiaste mais accepte si nous ne partons pas trop tôt le lendemain matin.
Le pied du Ventoux, le Lubéron, les gorges du Verdon, Draguignan, Grasse et nous arrivons à Nice des paysages grandioses plein la tête, un Fabrice fatigué et une passagère éreintée. La soirée sur les bords de la Méditerranée ne s'éternise pas au profit d'un sommeil réparateur.
Le lendemain, c'est le retour par Grasse, Castellane, Digne, Sisteron où nous commençons à trouver des zones humides mais évitons les orages. A la sortie de Serres, nous montons à l'aveugle. Le soleil déjà bas se reflète sur la chaussée détrempée. Je sens la fatigue de Fabrice à un rythme plus calme et légèrement décousu. En avançant vers Nyons je surveille de sombres nuages qui déboulent du Vercors pour venir nous couper la route. J'accélère autant que possible pour tenter de gagner cette course contre le monstrueux orage qui se profile, mais Fabrice a de plus en plus de mal à suivre. En définitive, nous n'aurons que quelques embruns et nous laissons derrière nous le déchaînement des cieux.
A Nyons, il fait nuit et nous nous arrêtons pour nous reposer quelques minutes. La passagère de Fabrice en profite pour enfiler une combine pluie qui lui servira de coupe vent et annihiler son refroidissement. La pluie se déclenchera moins d'une heure après notre retour à Montélimar.
En famille en Vendée. Fabrice est à droite avec son fils Camille devant lui.
C'est aussi avec Fabrice que je prendrai l'habitude, et le plaisir, d'aider les plus jeunes à monter en gamme. Comme il a gardé des liens privilégiés avec son moniteur, nous assistons fréquemment aux nouvelles arrivées dans notre monde.
Dans ce contexte, nous organiserons de nombreuses balades avec ces néos-motards, dans l'objectif de favoriser leur adaptation à un
maximum de cas de figure concrets.
A titre personnel, ce exercice est doublement valorisant :
Ø Il m'oblige à me remettre en cause, à analyser nombres de réactions ou attitudes devenues intuitives, afin de transmettre une part de cette expérience.
Ø Il concrétise la notion de partage et d'échange qui régit en partie ma vie.
Avec Fabrice, nous avons vécu l'Auvergne, la Vendée, 2 Bol d'or et d'innombrables balades locales (au sens large puisque cela inclut les Alpes, le Vercors, les Cévennes et la Méditerranée).
Il a dû abandonner la moto il y a quelques années pour des raisons familiales, mais pense bientôt retrouver cette passion, ce que j'espère vivement.
Le problème, c'est qu'il va falloir tout lui réapprendre ! ! !
Commentaires Récents