Ce jeudi 5 décembre je rentre de la région parisienne à bride abattue. Pas question de flâner en route, d'emprunter des chemins de traverse, c'est la pénible mais rapide autoroute vers Limoges. D'abord, la température n'incite pas à la balade, mais surtout, les copains arrivent demain pour la fameuse concentration des Millevaches.
Dès le matin, mes prévisions sont plombées. Je dois régler quelques soucis de téléphone avant de partir. En effet, lors d'un changement de forfait, mon fournisseur a décidé que c'était une résiliation (tout en prélevant les fonds !). Cela fait donc 24H00 que je suis injoignable. Pratique dans l'univers du salon ! ! ! Heureusement, je suis tombé sur des personnes qui écoutent et en deux heures nous sortons d'une situation kafkaïenne …
Ensuite, il me faut refaire tout mon chargement. Les flyers GECO sont trop lourds pour les valises et je dois permuter les charges avec la sacoche de réservoir pour un équilibre moins précaire. Je pars tout de même en fin de matinée et je ne peux pas rattraper le temps perdu. La fatigue associée à la lancinante voie rapide m'oblige à m'arrêter deux fois pour me gorger de café. Les signaux d'alerte sont clairs : les bandes blanches se mélangent, se croisent et entament un ballet des plus désordonné … Café, marche, et ça repart pour une bonne heure.
Un arrêt à Meymac pour déposer mon chargement de papier et me réchauffer un peu après la traversée du plateau. La nuit tombe et tous les bénévoles qui s'activent à la préparation de la concentration vont bientôt redescendre. Je décide de les attendre, mais change vite d'avis. Deux jeunes femmes évoquent les conditions de circulation entre Meymac et Bort. Des plaques de verglas et deux voitures dans le décor ! Il est grand temps de se presser … doucement ! Je verrai les Meymacois samedi.
Pour cette fin de parcours, le temps normal est doublé, comme la tension d'ailleurs. En plus de surveiller l'état de la chaussée et l'environnement, il ne faut pas que le regard quitte le rétroviseur. En effet, quelques abrutis (et le mot est encore faible) se positionnent parfois à un ou deux mètres de la moto. Dans ces conditions, en cas de chute, il est évident que le motard risque fort de servir de ralentisseur ! ! !
L'un d'eux insiste tellement, malgré mon clignotant à droite et mes signes désespérés pour qu'il double, que je finis par m'arrêter. Ce jeune (un A est apposé derrière) veut probablement me prouver sa maîtrise et passe dans une montée en régime rageuse. Dans la petite chicane qui suit, ses phares balayent rapidement les deux côtés de la route. Heureusement pour lui, la plaque de verglas est limitée et il profite de toute la largeur de la voie, sans véhicules dans le sens inverse, pour rétablir sa figure acrobatique … et c'est lui maintenant qui bouchonne !
Le lendemain, les copains arrivent.
Tout d'abord les Bretons Pascal et Dédé. Ce dernier a troqué sa bécane pour une place dans le panier du Comanche. Ils déchargent leurs affaires dont les galettes, les crêpes et le cidre pour le repas du soir. Cette proposition de Dédé me sauve d'ailleurs la mise car je n'avais pas le temps de faire beaucoup de préparatifs !
Michel, le local, nous rejoint en fin d'après-midi.
En début de soirée, Eric arrive des Landes avec un petit nouveau, Stéphane. Un solide apéritif les détend, surtout après la longue et lancinante descente sur Bort, à la chaussée blanchissante.
Immédiatement je dois répondre à un feu roulant de questions. Le salon ? Le GECO ? Éric Offenstadt ? La presse ? Les visiteurs ? .etc… Mais si Eric, Pascal et Michel sont adhérents, Dédé ne s'est pas encore positionné et Stéphane amplifie sa connaissance du projet, après avoir reçu une première couche en provenance d'Eric. Deux clans s'affrontent avec verve mais aussi sourires. Un résumé de la Tribu du GECO contre le reste du monde … sauf que là, la "Bande à Pépé" est majoritaire ... et forte en gueule ! ! !
La soirée est endiablée autour des complètes (galettes de sarrasin fourrées d'œuf, jambon et fromage râpé). Seul Stéphane semble légèrement inquiet. D'une part il n'est pas habitué à nos chahuts et d'autre part, il doit se sentir un peu la tête de Turc. Des messages redondants l'agressent en permanence, du type :
"Cette année c'est Stéphane le bizuth. Il faut le baptiser pour sa première hivernale !"
"Tais-toi, tu ne fais pas partie de la bande à Pépé, ici tu n'as pas droit à la parole !"
Puis vient le tour de la sacro-sainte Tatin. Je suis obligé de réaliser ce dessert chaque fois qu'Eric passe par là. J'ai trop peur qu'il se fâche. Et comme il est taillé comme un pilier de rugby, je ne cherche pas à l'énerver ! ! !
Au café, nous réglons nos comptes, financiers cette fois. Pascal ouvre le bal en me remboursant l'inscription à la concentration, majorée de son renouvellement 2014 pour ProGECO Moto. Eric emboite le pas dans les mêmes conditions. Dédé qui s'était inscrit de son côté aux Millevaches me tend de l'argent. Comme je m'étonne, il me dit que c'est son obole au GECO. Michel en profite pour reproduire son engagement de 2013 pour 2014. Et Stéphane dans tout ça ? Eh bien, il s'aligne, il finance sa double inscription, aux Millevaches comme à ProGECO Moto, et visiblement pas contraint, mais satisfait de rejoindre cette furieuse bande …
Pour fêter cette union sacrée de "6 adorateurs du GECO" joyeusement réunis autour de la table, nous dégustons quelques élixirs de fruits avant de partir nous coucher au petit matin.
Les machines, prêtes à partir, attendent des motards pas trop pressés !
Samedi matin, nous trainons sans vergogne au petit déjeuner. Le givre s'est déposé partout et nous ne sommes pas pressés d'aller affronter des risques trop présents. Vers 9H00, nous décidons d'aller faire les pleins. Mais il faut commencer par une séance de poussette. Le FJR d'Eric n'a pas apprécié l'humidité glaciale ! Heureusement la pente nous évite des efforts violents et la machine s'ébroue rapidement.
Dès le premier virage, je m'insulte copieusement. Mais quel c**, que suis-je venu faire là ?
En effet, la pente prononcée est toute blanche … et je ne peux plus me raviser. En première, les deux bottes au sol, un doigt effleurant la poignée de droite pour que les plaquettes caressent tout doucement le disque j'entame ce calvaire, les fesses bien serrées !
Mais comment sera la chaussée, au stop en bas ? Sans givre, mais bien humide. Je remonte le pied droit pour actionner le frein arrière et peux m'arrêter gentiment au signal de priorité. Ouf !
Le parking du supermarché est une vaste patinoire, et même à pied c'est scabreux. Il est urgent … de ne pas se presser ! ! !
Je propose que nous allions profiter du soleil resplendissant autour d'un café et d'attendre un moment que l'astre réchauffant dégage les principales difficultés. Bizarrement aucun de ces compères ne m'affublent de noms d'oiseaux relatifs à une timidité outrancière, voire à une couardise. Je ressens même une certaine libération face à mon propos …
A Bort, le temps passe et le givre trépasse, mais tout doucement !
Vers 10H30, et après quelques courses, nous reprenons nos montures après l'édiction de quelques règles particulières. Augmenter les espaces entre nous, favoriser le passage des voitures si nous roulons trop doucement (au moins pour qu'elles ne se collent pas derrière l'un de nous), anticiper au maximum pour éviter les freinages brutaux, les prises d'angle prononcées. Et nous voilà partis, bien calmement …
Je connais particulièrement bien cette route. Les zones qui ne voient jamais le soleil, les parties ombragées et les feuilles qui finissent de tomber, les portions toujours humides, les enchainements de virages. Autant de secteurs que j'aborde après des décélérations progressives marquées d'appels de feu stop. Si le trajet est nettement plus long que d'habitude, nous arrivons à Meymac sans frayeurs particulières.
La salle des fêtes de la bourgade Corrézienne est une ruche. Les alentours sont encombrés de centaines d'engins à deux ou trois roues, du plus basique au plus élaboré, du plus standard au plus préparé, du plus moderne au plus ancien. Les va et vient sont incessants. Les nouveaux venus prennent les places laissées libre par ceux qui sont déjà montés vers le plateau. Et partout, ça se salue, ça s'invective, ça discute, ça rigole. La joie de se retrouver, la satisfaction d'avoir bravé les difficultés ou tout simplement le plaisir d'être là transpire partout !
Nous attaquons au vin chaud tout en saluant les copains retrouvés, comme cette sympathique équipe connue lors du Bol d'Or Classic (une de mes histoires en retard dont je vous parlerai dans les prochaines semaines).
Pour moi, c'est aussi l'occasion de valider l'opération GECO avec Bill. En effet, les flyers ramenés du salon sont à mis à disposition, autant dans cette salle que sur le plateau.
Quelques vues de Meymac, point de ralliement.
La route qui serpente vers le village de Millevaches semble réservée aux motos. Par petits groupes ou en longues processions les motards quittent Meymac pour rejoindre le campement établi sur le plateau. Une petite route sur la gauche, quelques dernières courbes et la vaste étendue blanche apparait, étincelante sous le soleil, parsemée des taches multicolores des tentes et zébrée des filets de fumée des feux de camps.
Si la route était sèche et dégagée, les conditions de circulation deviennent nettement plus scabreuses sur le bivouac. Ça ripe, ça glisse, ça dérape, ça patine, mais chacun s'y met et les équipages arrivent à bon port, non sans quelques chutes bénignes, ici ou là ! Sur les zones plates les tentes se dressent, les espaces libres se restreignent pendant que les pentes se garnissent des stries de quelques piétons ou d'inconditionnels de la glisse qui marquent leur passage dans le manteau cristallin.
Des copains se retrouvent, de nouveaux groupes se forment, les aliments et boissons se partagent, chacun déambule, au fond de nulle part dans cet univers particulier où les gens s'apostrophent, rient, discutent, échangent sans se poser de questions particulières quant à l'autre. Il est là, tout simplement, il partage la même passion, il a bravé les mêmes difficultés et ils sont heureux de se retrouver …
Photos de Dédé, ou plutôt avec son appareil,
car il aime bien figurer sur ces souvenirs !
L'abreuvoir est certainement le café du commerce de la place centrale du village. Tous convergent à un moment ou un autre vers ce lieu où officie une cohorte de bénévoles pour servir bières, sodas, vin chaud, soupe ou café. Ce n'est pas encore la foule et l'arrivée au bar se réalise facilement, toujours dans la bonne humeur partagée.
Dehors, le soleil descend rapidement sur l'horizon et ses rayons ne compensent plus les perfides attaques du vent qui accroit le refroidissement engendré par des températures négatives. Les ombres s'allongent, les teintes évoluent avec des dominantes orangées et offrent de brefs instants fantasmagoriques qui amplifient le sentiment de vivre des moments d'exception. Et, tout doucement, la voute céleste s'assombrit, le bleu devient profond, l'horizon rougeoyant encore irisé s'efface et le noir prend possession d'un univers parsemé d'astres scintillants. Univers, attitude et évènement de contraste. Les pieds dans la neige, le cœur chaleureux et la tête dans les étoiles. Le rêve bien éveillé !
Mix des vues de Michel et des miennes.
Mais cette nuit ne ralentit pas les rencontres, bien au contraire.
Dehors les feux de camps sont autant de lieux de rencontres potentiels où l'on échange deux mots, une longue conversation, une grille de cuisson ou un breuvage régional particulier.
Ici, se sont de jeunes femmes qui se plaignent de ne pas être sur la photo et réclament une nouvelle prise, une fois installées au milieu des leurs compagnons. Les railleries fusent et les éclats de rires percent la nuit !
Là, c'est une discussion avec les acteurs du "Mur de la Mort". Je pensais que c'étaient ceux qui avaient fait défection lors de Festival Café Racer. Mais c'étaient des anglais. Nous devisons sur leurs activités et ils m'engagent à aller voir leur site : www.lemurdelamort.fr.
Quant à l'abreuvoir, il exerce parfaitement son rôle de point focal. La foule s'y presse et il faut jouer des coudes pour accéder au bar. Mais ce jeu est joyeux. Il offre de multiples occasions de lancer une boutade ou recevoir une gentille raillerie. Derrière le bar une armée de bénévoles agit avec célérité et bonne humeur. Certains partent prendre quelques heures de repos pendant que d'autres prennent la relève.
Et il y fait chaud dans cet abreuvoir coupé du vent. La chaleur des corps agglutinés offre une température ambiante nettement moins froide. Et ce confort relatif met en exergue la chaleur humaine dégagée par cette concentration de gens heureux d'être là, ensemble, tout simplement.
Si Pascal présente une tenue parfaite cette année, à l'inverse de l'année dernière, Eric prend le relais. Au début de la soirée il tentait de garder le contrôle de Stéphane, tout euphorique de baptiser dignement sa première hivernale, mais la nuit avançant, il évalue moins bien ses excès. Avant que je ne parte me coucher, il m'interpelle toutes les trois minutes par un sempiternel et pâteux : "Eh Pat, tu m'as jamais vu comme ça, hein Pat ?". Effectivement, je ne l'ai jamais vu comme ça …
Comme je le leur dis le lendemain, les années paires pour Pascal et les impaires pour Eric !
La nuit avance, toujours aussi grandiose et froide. Les groupes se raréfient, certains feux s'éteignent, la présence au bar faiblit. Pour beaucoup, la route du retour est longue et il faut se reposer un minimum alors que quelques irréductibles animent encore cette nuit magique.
Dès 6H00, l'animation reprend de l'ampleur. D'abord timidement. Les quelques courageux … ou insomniaques qui boivent leur café assistent à l'arrivée des renforts des équipiers du MC Meymac, encore ensommeillés après de trop courts moments d'un repos bien mérité. Puis les croissants s'invitent à la fête alors que les participants apparaissent en rang de plus en plus serrés. Dehors, quelques moteurs s'ébrouent, plus ou moins fermement, annonçant les premiers départs.
Puis l'environnement évolue.
Le noir de la voute céleste vire au bleu profond pendant que la brillance des étoiles décline puis disparait. Le bleu du ciel s'éclaircit, l'horizon prend des teintes rougeoyantes et seul le croissant de lune est encore visible. Et, tout à coup, le disque solaire commence son apparition, mettant en relief les formes, couleurs et mouvements du site.
Maintenant, l'abreuvoir a retrouvé son ronronnement de ruche en hyper activité. Chacun se presse pour son petit déjeuner, son dernier achat de médaille ou souvenir (dont de de superbes vaches en peluche cette année), d'ultimes rencontres, avant de préparer son départ.
Certaines machines rechignent à démarrer. Mais là aussi le MC Meymacois assure et offre son assistance pour réveiller les batteries fatiguées. Les tentes se raréfient, les files de motos sur le départ s'allongent, les saluts s'échangent, la pièce se termine, les acteurs retournent dans leur monde de tous les jours, aux quatre coins de la France et de l'Europe …
En ce qui nous concerne, nous repartons sur Meymac en milieu de matinée pour prendre un café chez Arlette, siège du moto-club. Nous avons réservé une table dans notre pizzéria ( La Gondole) de l'année dernière et anticipé l'heure du service (un grand merci à ce sympathique couple). Ainsi, nos amis des contrées lointaines repartiront plus tôt. Michel et Bob nous rejoignent pour un rapide déjeuner. Aujourd'hui, autour de la table, c'est bien "Les 7 mercenaires du GECO" qui animent l'établissement ! ! !
Derniers saluts sur la place où sont parquées nos montures. Pascal et Dédé accompagnés d'Eric et Stéphane vont rouler ensemble jusqu'à l'autoroute A20, évitant la portion plus difficile de la route traditionnelle. Après Tulle, ils se sépareront, le side-car se dirigeant vers la Bretagne, et les deux solos prenant la direction des Landes.
Pendant ce temps-là, les valeureux bénévoles entament leur dernier marathon qui consiste à rendre à quelques-unes des mille vaches du plateau leur pré dans son état originel. Et c'est chose faite en fin d'après-midi ! ! !
Nul doute. Ils vont bien dormir ce soir ces dizaines de vaillants qui nous ont offert un environnement aussi propice à ce fabuleux rassemblement.
Leur sommeil réparateur de toute la fatigue accumulée sera bercé des milliers de remerciements qui convergent vers ce plateau des Millevaches.
Un site auréolé de sa mythique histoire motocycliste du siècle dernier et conforté par la fabuleuse saga du XXIème siècle dont nous venons de vivre, avec délectation, sa 5ème édition.
Dans la soirée, les échanges téléphoniques valident l'arrivée de chacun. Nous aussi nous allons pouvoir aller dormir, avec de nouveaux souvenirs pour alimenter nos rêves !
Vivement la 6ème du renouveau…
et un grand BRAVO au Moto-Club Meymacois,
comme à tous les participants !
PS :
ATTENTION !
DERNIERE SEMAINE
Pour profiter de l'offre exceptionnelle relative aux inscriptions 2014 de ProGECO Moto.
Après le 31 décembre il sera trop tard pour tenter de bénéficier de ces fabuleux lots.
(voir l'article du vendredi 13, même si la revue de presse est déjà bien obsolète ...)
Mais les adhésions seront toujours possibles après, bien sûr …

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