De manière générale, je revendique mon statut de motard.
J'assume ma passion liée à cet engin bizarre, générateur de risques et de coûts, mais aussi promoteur de sensations diverses, multiples et non avariées !
Je ne vis pas seulement cet engouement au travers de LA machine, mais surtout dans le monde surprenant des motards. C'est un univers où l'amitié, l'entraide, le partage ou l'abrogation des positions sociales sont encore des valeurs reconnues contrairement au monde actuel qui penche inexorablement vers l'individualisme.
Néanmoins, il existe certaines situations où j'ai honte d'être motard.
Il y a, bien sûr toutes les circonstances souvent débattues dans les forums, et que je traduirais ainsi :
Les rois de la route ;
Ces seigneurs à qui tout est dû. Ils se font leur place à coup de décibels (klaxon, pots) dans le meilleur des cas, de gestes revendicatifs ou de coup de bottes
pour les plus contestataires. Je ne pense pas là à des réactions face à une situation périlleuse engendrée par un autre usager, mais bien d'attitudes uniquement liées à la volonté de posséder
toute la route . . .
Et pourtant, d'une manière générale, les automobilistes nous favorisent grandement le passage dans une forte majorité des cas. Sans parler de code la route, nous pouvons évoquer un code de bonne
conduite où le respect de l'autre a aussi sa place ! ! !
Les pilotes :
Je pense là à certains motards qui prennent les routes pour des circuits. Je ne préjuge pas de leurs qualités de pilotage, et j'en connais même des très bons. Mais comment peuvent-ils savoir ce
qu'ils vont trouver à la sortie du virage, surtout si celui d'en face arrive à la même vitesse ? Si cet autre usager va effectivement se pousser, s'arrêter, ne pas freiner brutalement, . . .
?
De plus, pensons que les non-motards ne nous perçoivent pas toujours objectivement. Ils ne se rendent pas compte des capacités de nos machines (et éventuellement de leurs pilotes !) et leur
analyse est faussée.
Une prise d'angle prononcée est souvent perçue comme l'amorce d'une chute. Un dépassement infaisable en voiture est assimilé comme une action suicidaire du motard alors qu'il est parfaitement
sécurisé.
Pour développer ces cas générique, je pense particulièrement à quelques situations vécues. C'est bien volontairement que je ne cite ni de lieux, ni de personnes. Il ne s'agit pas d'un procès, mais d'exemples concrets pour illustrer mon propos.
Une route de campagne, gentiment viroleuses par endroit.
Un groupe de moto évolue dans une circulation fluide et peu dense. Une partie du groupe se prend au jeu de l'arsouille et commence une série de dépassements peu orthodoxes, au moins dans l'esprit des automobilistes (bandes continues, virages, vitesse dépassant parfois le double de celle prescrite par la législation). Nous restons à deux dans le trafic déjà rapide et une autre partie, plus timide se fait distancer.
Soudainement, à la sortie d'une courbe, nous arrivons sur des voitures en phase de freinage prononcé. Lorsque nous retrouvons la visibilité complète, nous découvrons que ce ralentissement brutal
est provoqué par nos arsouilleurs qui roulent maintenant au pas, discutent et rigolent assis sur les réservoirs. En reparlant ensuite de cela, nous découvrirons qu'ils n'avaient même pas vu ces
voitures leur arrivant dessus.
Peut-on accepter des réactions d'incompréhension sinon de rage de la part de ces automobilistes ?
Une immense station service encombrée.
Un important groupe de motos et side-car se présente pour faire le plein. Certains commencent à se faufiler dans les files pour occuper des pompes inutilisées, mais bloquées par des voitures. Le reste du groupe, dont moi, suit le mouvement et passe des véhicules en attente.
Le regroupement s'opère en sortie de la zone des pompes et un side car bloque partiellement l'issue. Un conducteur ne pouvant pas passer se signale par un coup de klaxon. Il est immédiatement pris à partie par un de motards qui l'agresse verbalement en lui demandant s'il est pressé. L'automobiliste lui répond, courtoisement à peu près ceci :
"Vous êtes passé devant tout le monde aux pompes et maintenant vous nous bloquez à la sortie. Si vous voulez que l'on vous respecte, respectez aussi les autres"
Je ne peux qu'être d'accord, et reste spectateur.
Une dizaine de mètres plus loin, une automobile faisant une manœuvre bloque le flux qui venait de redémarrer. Le motard se porte à la hauteur de son précédent interlocuteur et lui lance :
"Allez, vas y klaxonne. Tu n'es plus pressé ?"
Et là, j'ai eu doublement honte. Honte pour notre image, et honte personnelle par mon acceptation tacite de cette situation intérieurement désapprouvée.
Un péage d'autoroute, un dimanche à l'approche de Paris.
Cela fait des kilomètres que je remonte les files, ainsi que d'autres motards. En vue du péage, la plupart d'entre nous se glissent dans les colonnes en attente. Insertion d'ailleurs souvent facilitée par des automobilistes conciliants.
Certains de ces motards remontent jusqu'à la barrière et deux ou trois forcent vraiment le passage. A ce moment là, je suis en train de blaguer avec des jeunes en voitures et je trouve désolant cette attitude, mais sans plus.
Ensuite, ces motards pressés ont du mal à retirer leurs gants, à trouver leur carte ou leur monnaie, peinent à ranger leur ticket, vérifient soigneusement la bonne fermeture du blouson et le parfait enfilage des gants. Tant et si bien que 4 à 6 voitures sont passées dans les files contiguës ! ! !
Comment réagirions nous à la place de ces personnes, bloquées par ces motards, qui, elles, sont au pas depuis des kilomètres et allaient enfin pouvoir rouler ?
N'est-ce pas aussi simple de faire dix mètres et de laisser la place à l'AUTRE ?
L'entrée d'un centre commercial.
Je suis sorti du restaurant pour fumer et déambule devant les motos. Un groupe de trois hommes devise devant nos machines. Les propos à l'encontre des motards sont peu amènes (vitesse, dépassements, stunt, . . ). et, visiblement ils en rajoutent du fait de ma présence.
Je profite de mes cheveux blancs pour tenter de leur donner un autre point de vue. Peine perdue, ils sont ancrés dans leurs croyances.
Et le pire, c'est que je trouve justifiés certains de leurs arguments même s'ils font de certains cas particuliers des généralités ! ! !
Il est évident que dans ces exemples, je fais abstraction d'un environnement qui pourrait expliquer sinon excuser certaines situations. Néanmoins, il ne faut pas exclure ce qu'il reste en terme d'image.
D'autre part, n'omettons pas non plus de considérer l'aspect de la jeunesse.
Je pense avoir la chance de bien me souvenir de mes excentricités de l'époque sur une moto, il y a maintenant 35 ans . . .
Même si les prises de risques étaient déjà modulées par mes activités bénévoles en secours routier, j'avais des attitudes que je réprouverais aujourd'hui. S'organiser un circuit en ville, retirer les chicanes des pots, battre des records de vitesse, réaliser des figures censées impressionner les passants, . . . autant de faits que je ne partage plus aujourd'hui mais que je peux bien évidemment comprendre pour l'avoir vécu.
Cette différence de point de vue est engendrée par l'expérience paraît-il.
En conclusion, notre image dépend essentiellement de nos attitudes.
- Une partie de cette attitude n'est pas compréhensible par les non motards. Pour améliorer cette facette, il n'y a que l'éducation, l'explication (pourquoi une moto prend de l'angle, quelles sont nos capacités de dépassement, etc ...).
- L'autre partie de cette attitude est celle que j'ai essayé de décrire ici. Et là, il suffit que quelques uns aient des actions inutilement vindicatives pour que l'image de tous en pâtisse.
Et si nous nous posions quelquefois des questions telles que :
- Quel est mon droit ? ET . . .Quel est SON droit ?
- En quoi l'autre a-t-il fondamentalement tort ? (en essayant d'être objectif bien sûr).
- Aurions-nous la même perception de la même situation si nous n'étions pas en moto (automobiliste, piéton, cycliste, . . .) ?
La route est un domaine public ouvert à tous et le respect de certaines règles (droits mais aussi devoirs) est le meilleure garant d'une sécurité accrue.
Je médite essentiellement sur les droits et devoirs des uns et des autres, mais aussi des uns vis-à-vis des autres, tout simplement.
Comme le disait cet automobiliste, "Si nous voulons être respectés, respectons les autres".