Je rentre tout juste d'un super week-end dans le Tarn, mais suffisamment fatigué pour ne pas me mettre tout se suite à vous le relater. Par contre, j'ai lu il y a quelques jours les écrits d'UNE motarde surnommée "Chat Noir". Pseudo qu'elle porte bien, car souvent en galère, mais toujours avec bonne humeur et souvent avec une pointe d'ironie.
Comme elle me permet de vous offrir sa prose, voici son denier délire :
« Tu es vraiment monomaniaque » commenta aigrement Madame Mère au terme d'une soirée où je l'avais entretenue avec fougue des joies de la moto.
Sans aller jusqu'à dire qu'il plomba gentiment l'ambiance, ce jugement, dénué de la moindre charité chrétienne et non fondé médicalement, me plongea dans des abîmes de perplexité.
Nous, les motards, sommes-nous réellement des êtres simplets au cerveau ne comprenant qu'une zone moto ? Pour quelles raisons les non motards ont-ils l'impression que nous ne vivons qu'à travers
non machines et notre passion ?
Au petit matin, blême et tremblante après une nuit d'affres et d'angoisses métaphysiques, je croyais entrevoir la réponse. Le motard est schizophrène !
Si vous le voulez bien, analysons un peu les symptômes :
Qui à part un motard serait capable de vivre aussi pleinement ses contradictions ?
Résumons-les :
* Connaissez vous une autre activité qui se pratique en groupe mais isolément ?
Le motard se déplace en meute mais est seul sur sa moto, seul dans ses prises de décision - je freine / je freine pas ? - et souvent seul à assumer les conséquences de ses erreurs de
jugement.
Pourtant, dès l'étape, il se mêle aux autres, s'abreuve d'amitié, se régale d'histoires de balades, de récits de béquilles qui jettent des gerbes d'étincelles et de prises d'angles de la mort qui
tue.
Il peut rouler en solitaire mais dès que l'occasion se présente, il rejoint d'autres motards, les tutoie et peut discuter plus d'une heure avec un inconnu à une station service.
Solitaire mais solidaire, il salue tout ce qui roule sur 2 roues et n'hésite pas à ruiner sa moyenne pour aider un inconnu en galère. Même le plus radin prêtera sa bombe anti-crevaison, avancera
quelques euros pour sauver d'une panne sèche et distribuera ses clopes à la ronde.
* Le motard peut se révéler le dernier des bourrins, brûlant sans vergogne des litres d'essence avec en ligne de mire le goudron de la route, l'œil rivé sur la ligne bleue de la sortie du virage.
Pourtant, il peut tout aussi facilement rouler nonchalamment, la main posée sur la cuisse et se délecter de la fraîcheur de l'air, des arômes des champs de lavande ? Il arrive de voir la moto
négligemment abandonnée en bordure de route pendant que son pilote admire un panorama, regarde un spectacle étonnant, se délecte d'un beau monument
* Au bivouac, le soir, le motard se noiera dans des flots de boissons diverses et alcoolisées, parlera comme un soudard en goguette puis se retrouvera une demi-heure plus tard, couché dans
l'herbe mouillée et sentant bon la pluie en train de regarder les étoiles filantes (vécu)
* Le motard met sa vie en jeu dès qu'il monte sur sa moto. Il sait qu'il peut ne pas rentrer de sa promenade. Néanmoins, il n'y a aucune volonté suicidaire ni désespoir dans sa démarche. Bien au
contraire, on découvre chez le motard un amour de la vie, de la sensation, presque du « jouir » stupéfiants.
* Le motard est capable de toutes les audaces, de tous les blasphèmes et de toutes les transgressions en parole mais se révèle très attaché à une morale, presque une mystique. Les valeurs
d'honnêteté, d'entraide, de solidarité sont souvent présentes dans son discours et, sauf exception, dans ses actes. Il peut se mobiliser pour des actions qui relèvent d'une réelle sensibilité
pour ne pas dire d'un véritable humanisme.
* La moto nous permet de développer des savoir-faire ou des connaissances pour lesquelles nous ne nous serions pas cru d'aptitude. La mécanique entraîne le littéraire dans un monde de logique et
de rigueur alors que la beauté des sites traversés fait découvrir au froid scientifique les richesses de la poésie.
L'amitié et le groupe nous permettent de développer des qualités de tolérance, d'écoute, de compréhension et même le plus misanthrope a plaisir à intégrer une communauté.
* Sur une moto, les filles se découvrent égales aux garçons, audace, précision du pilotage, sens du diagnostic mécanique et les garçons se transforment en fée du logis, le chiffon à la main pour
lustrer des chromes ou entretenir l'équipement.
On pourrait certainement trouver d'autres exemples de cette dichotomie. Mais vous l'aurez compris. En réponse à la remarque de Madame Mère nous pouvons répondre :
« Oui nous sommes monomaniaques et c'est notre trésor. Cette fixation fait de nous des êtres riches et complexes. La moto nous permet de réconcilier les deux versants de notre personnalité : le
blanc et le noir, le yin et le yang, le sordide et le grandiose, le masculin et le féminin, le bon et le méchant etc.
La moto apporte tout et son contraire et une part importante de ce que nous sommes et de ce que nous faisons est due à la moto. »
Merci Hélène pour ce texte qui m'a fait sourire et rire et dont je partage les fondements.