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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 11:57

 

Lundi 2 décembre 7H45, je bats la semelle Porte de Versailles.

 

Je suis en avance sur l'heure de rendez-vous avec la Mutuelle des Motards. J'ai largement anticipé les difficultés de circulation en région parisienne … qui était relativement fluide ce matin. Ma fidèle Diversion s'est faufilée assez facilement dans le magma des derniers kilomètres … et me voici à attendre les pass de l'équipe de ProGECO Moto !

 

Pendant que mes jambes se dégourdissent, mon esprit vagabonde.
Comment suis-je arrivé là ?
Le début de cette aventure n'est pas si vieille et cela me paraît tellement loin déjà …

 

Il y a un peu plus d'un an, Jean-Paul (l'auteur des polar-motards "Cap au Nord" et "Tourne la poignée, Beaulieu") me harcelait régulièrement pour que je vienne l'aider à bouger l'ordre établi par l'intermédiaire de Facebook et tenter de supporter le projet de Éric Offenstadt dit Pépé (cf. l'article à son sujet). Mais sa force de persuasion et notre complicité ne sont pas suffisantes pour combattre mon marasme de cette époque. Pendant trois mois je résiste à ses assauts répétés, mais je surveille l'évolution de la situation. Une association se crée, un noyau de passionnés se fédère, les premiers Euros affluent et le projet semble prendre corps.

 

Il s'agit de construire le prototype d'une moto dont la conception est entièrement repensée. La phase de spécification fonctionnelle (qui remplace la méthode "step by step"), part d'un cahier des charges des réactions à obtenir tenant compte des besoins de pilotes ou usagers et elle doit être compatible avec les multiples contraintes de la physique à gérer. Ces études ont donné naissance à une modélisation de la machine idéale selon ces récentes recherches et il faut maintenant en valider concrètement l'application.
Vaste programme …

Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !

Une vue conceptuelle issue de l'informatique. Alléchante, mais quel projet ! ! !

 

En parallèle, mon état d'esprit s'éclaircit, et cette aventure en devenir se profile aussi comme un ultime remède à cette remise en forme. De plus, Pépé est une de mes premières idoles dans le monde de la moto et cela fait maintenant dix ans que je l'ai trop rapidement croisé pour la dernière fois à Montlhéry ! J'adresse donc ma maigre obole, au moins en regard de l'ampleur du projet, et commence à débattre, surtout avec Jean-Paul. Je suis encore méfiant et distant. Mon expérience m'a appris à me défier des enthousiasmes naissants trop souvent étouffés par de multiples déviances … et je n'ai pas l'envie de subir encore trop de désagréments (au moins de mon point de vue !).

 

Et puis, un beau jour de printemps, Éric Offenstadt communique sur Facebook ses difficultés à faire réaliser certaines pièces. En effet si la caisse se remplit tout doucement au fur et à mesure des adhésions, la masse financière reste faible face à l'ampleur du projet. Il recherche donc des solutions à moindre coût. Immédiatement je pense à mon ami William, patron d'une petite boite de mécanique de précision en Bretagne que je connais particulièrement bien pour l'avoir auditée et redéployée ...

Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !

Je l'appelle, lui soumets la demande de Pépé en lui précisant le contexte. Il accepte sans difficultés de rendre ce service et donc de ne pas facturer. Il faut préciser que c'est un passionné et que le simple nom de Offenstadt à fait briller quelques étoiles dans ses yeux ! Je transmets donc ses coordonnées à Pépé en lui précisant le contexte pour qu'il soit suffisamment à l'aise. En effet, si je suis l'entremetteur, je ne veux pas interférer dans leurs relations futures. Mais c'est peine perdue avec ces deux bougres. L'un semble étonné par cette sollicitude et l'autre impressionné par ce grand nom de l'histoire de la moto et je me retrouve fréquemment l'interprète de ces deux timides (au moins dans ce contexte ! ! !). L'entreprise WF-Concept rallie donc "le club des partenaires de le GECO".

 

Dans le même temps, je commence à intervenir, à ma mesure. Une pincée de promotion du projet par ce blog, quelques interventions timides, beaucoup de discussions avec Jean-Paul, des premiers contacts avec les piliers de l'opération et en particulier avec Pierre Geffrin, le président fondateur de l'association ProGECO Moto. Mais je reste dubitatif sur les capacités d'investissement réel des humains gravitant autour d'un tel projet.
Lorsque j'en parle à mon entourage, je crois voir de l'enthousiasme, mais aucune adhésion nouvelle n'est générée …
Lorsque j'analyse l'activité de la page Facebook créée par Jean-Paul "Une moto française en motoGP", le constat est édifiant. Pour les milliers de "déchainés en parole" à peine 10% adhèrent concrètement au projet …

 

Si j'étais marchand de bières, je serais inquiet pour mon business :
Trop de brasseurs pour trop peu de buveurs !

 

Mais ce triste constat doit provoquer un électrochoc au plus profond de moi. J'ai toujours refusé d'être passif, d'être un mouton bêlant au milieu du troupeau, se contentant de critiquer à l'unisson de la masse, sans s'activer, sans s'investir, sans proposer, sans agir …

 

Si je loupe le premier rendez-vous officiel de "la Bande à Pépé" à Dijon lors des coupes Moto-Légende au début de l'été, mon engagement devient plus formel, plus actif. Je propose mes idées, participe à la mise en œuvre de certaines. Et surtout, à l'occasion des grandes rencontres estivales avec les multiples amis et copains, je valide deux faits :

 

  1. Trop peu de motards ont entendu parler de ce projet et ne peuvent donc pas se prononcer par un engagement quelconque, ou un rejet aussi d'ailleurs ;

     
  2. Mes potes n'étaient pas de mauvaise foi lorsqu'ils me démontraient une once de passion sans concrétiser. Ils étaient simplement accaparés par leurs vies familiales et professionnelles. Dès que je prends en charge les inscriptions, les dons affluent et ce sujet devient un nouveau sujet de discussions entre nous …
Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !

Bol d'or Classic, de gauche à droite, deux adhérents très récents, Michel et Bob,
et Eric, qui vient de me confier son chèque !

 

Fort de cette analyse, un plan à moyen et long terme se dessine autour des limbes embrumés de mon neurone. Il faut mettre en place un plan de communication qui agisse sur les différentes cibles nécessaires pour la réussite du projet, à savoir : les adhérents, les adhérents potentiels, les partenaires, les partenaires potentiels, la presse et les futurs sponsors.

 

Les actions vont se croiser. En effet, les intérêts de chaque éléments sont différents, mais complémentaires et interdépendants et des préalables me paraissent incontournables, à commencer par s'affranchir des informations purement techniques qu'il faut vulgariser.

 

Mais si l'objectif est clair pour moi, les options stratégiques sont multiples et difficiles à dégager.
D'une part, je ne veux rien imposer, me présentant comme une force de proposition. Mes points de vue dérangent occasionnellement, ce que je comprends d'autant mieux que je les expose parfois brusquement (me faire "l'avocat du diable" est mon crédo).
D'autre part, c'est une certaine forme de révolution. Cela implique de passer d'un mode réactionnel, naturel dans la phase de démarrage, à une gestion anticipative des multiples paramètres … Un choc de culture se prépare !

 

Alors que je commence à élaborer des axes de réflexion et à distiller mes idées dans ce sens, un appel catastrophé de Pépé, début août, me replonge dans les réalités purement matérielles du projet.

 

Un partenaire majeur dépose son bilan et ne peut pas réaliser certaines pièces sur lesquelles il s'était engagé. Et l'un de ces éléments stoppe l'ensemble des opérations suivantes. En effet, les platines dites de la "cellule technique" relient le cadre, la boucle arrière et le bras oscillant tout en accueillant un axe de transmission et abritant les éléments du cœur de la solution novatrice. Sans ces platines, le projet est quasiment à l'arrêt ! ! !

 

La question de Pépé est donc directe : Pour faire face à cette galère majeure, William de WF-Concept pourrait-il prendre en charge ces usinages, pour septembre ?
Ma réponse n'est pas engageante. En effet, l'entreprise est fermée pour les congés annuels et le plan de charge de septembre est déjà compliqué entre les commandes clients et l'arrivée d'un nouveau centre d'usinage. Néanmoins je m'engage à traiter la question au plus vite afin d'envisager rapidement une autre solution et je récupère tout de suite un maximum d'informations, dont les plans.

 

Deux jours plus tard je peux rassurer Pépé. William a examiné les plans, revu son planning (dont une reprise anticipée pour lui) et s'engage pour la fin septembre. Pendant qu'il continue ses vacances, j'organise avec Pépé et Jérôme (l'un des ingénieurs du projet) la logistique nécessaire qui permettra de démarrer dès l'ouverture de l'entreprise (Spécifications, approvisionnement matière, etc. …). Malheureusement, le bloc d'aluminium spécial arrive avec plus d'une semaine de retard ce qui n'est pas de bon augure pour les délais. J'ai néanmoins la chance d'arriver en Bretagne début octobre pour emballer et expédier ces sublimes pièces. Je suis tout simplement heureux d'être le premier à les voir et fier de ces deux motards Bretons (un salarié grandement impliqué fait aussi de la moto) qui ont fait le job, magnifiquement et avec seulement deux jours de retard sur le planning initial !

Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !

Rutilantes, tout juste essuyées,
ces pièces seront à la poste dans quelques dizaines de minutes!

 

Mais ces évènements remettent en cause l'annonce qui est déjà faite, à savoir la première présentation de la machine fin octobre lors de la finale du championnat du monde de Superbike. La moto ne sera pas prête. Dans ce contexte, il est envisagé de réaliser cette première en décembre, lors du salon de la moto de Paris et avec un autre partenaire qui sera présent, la Mutuelle des Motards.

 

Mais cela implique bien des actions et deux mois de folie s'ouvrent devant nous, mais nous n'en avons pas encore conscience.

 

Sur la grosse dizaine de personnes qui agissent en permanence dans l'ombre, en dehors de la technique, un "fer de lance" se dessine, inéluctablement, mais fermement. Si Anne reste en retrait et travaille inlassablement à la gestion des membres, Pierre, Eric B (likefriandise sur FB), Raphaël et moi, nous nous activons à structurer les actions et la communication. L'objectif est clair : arriver au 2 décembre avec un maximum d'atouts pour offrir une résonnance optimale au GECO ! ! !

 

Une délicate mais puissante alchimie opère. Ces quatre-là, comme les mousquetaires, commencent à œuvrer ensemble alors qu'ils ne se sont jamais vus (ma première rencontre avec Pierre date des 24H00 du Mans) et ne se connaissent que par internet et téléphone interposé. Et pourtant, ils proposent, critiquent (au sens positif du terme), réagissent et prennent en charge des pans entier du projet, chacun avec ses compétences, en fonction du temps dont il dispose et les concepts qui se dessinent au fur et à mesure des travaux deviennent immédiatement des réalités.

 

Les complémentarités jouent à fond. Les engagements réciproques sont tenus. Les solutions émergent. Les applications portent de premiers fruits qui sont de nouvelles motivations pour aller encore plus vite, encore plus loin …

 

Les axes sont clairs et concomitants, et les démarches itératives et interdépendantes :

 

  • Informer régulièrement et en priorité les adhérents, mais aussi susciter de nouvelles adhésions par divers moyens d'information et de promotion (Page Facebook, manifestations, vie du site, animations particulières, etc. …) ;

     
  • Informer, animer et promouvoir les partenaires afin qu'ils obtiennent un juste retour de leurs investissements, même si ceux-ci sont essentiellement générés par la passion et/ou l'amitié ;

     
  • Amener la presse à s'intéresser à ce projet pour décupler les apports des deux points précédents.
     
Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !

La superbe synthèse graphique de Raphaël pour mettre en valeur les partenaires !

 

Semaine après semaine, la pression s'amplifie, mais la bonne humeur, les railleries, les gags ne s'estompent pas, au contraire. La connivence s'accentue. Les questions fusent de toutes part et les solutions sont mises en œuvre, immédiatement, naturellement. Notre carburant c'est l'euphorie, l'adrénaline de la pression, le plaisir de réaliser ensemble, la découverte des autres, les échanges, gratuits mais pourtant formateurs, qui permettent à chacun de s'améliorer en profitant des connaissances et compétences des autres.

 

Une expérience pas toujours facile, mais magnifique et inestimable !

 

Que de missions sont assumées en si peu de temps. Difficile, sinon impossible de toutes les lister, et certaines m'échappent entre autre du fait que je n'y participe pas directement. Mais tentons de se repasser le film, de revoir quelques actions clés avec la prépondérance de chacun, car tous, le plus souvent, interviennent.

 

Pour Pierre, l'orchestration des relations tant internes qu'externes, l'animation de l'association, les actions de promotion (Coupes et salon Moto-Légende, 24H00 du Mans, Club Gold Wing), la cooptation d'un parrain prestigieux, Patrick Baudry, la réalisation de nombreux documents, etc …

 

Eric de son côté a totalement pris en charge le site et sa mise à jour permanente. Il nous oriente pour obtenir de quoi alimenter son bébé. Il temporise lorsque la machine s'emballe. Il anticipe et gère les flux, notamment quant à l'organisation du salon et toujours avec une réactivité qui nous étonne encore …

 

Quant à Raphaël il excelle dans le graphisme et réalise quelques pièces maitresses comme la bannière partenaires (source de mise à jour fréquentes entre autre sous la férule de Pépé qui ne veut pas qu'un seul de ceux qui participent ne soit oublié !), les diaporamas ou vidéos, les cartons d'invitations, et combien d'autres solutions à nos demandes répétées …

 

En ce qui me concerne, je suis vite cantonné dans les textes, comme par hasard ! Des comptes rendus, directs ou par blog interposé, les trombinoscopes, des propositions de messages, de courriers, la réalisation du règlement de la tombola, … . A ces titres, j'interviens aussi dans les relations avec les partenaires ou la presse. Et mon côté "avocat du diable" oblige à des réflexions plus approfondies, à des projections qui favorisent l'anticipation …

 

Mais cet environnement d'hommes est heureusement aussi guidé par une touche de féminité qui apporte des visions différentes et complémentaires ce qui permet d'offrir des solutions encore plus abouties.
Anne veille sur les adhérents et nous apporte une critique constructive et des idées supplétives, autant d'éléments qui optimisent les actions.
Coralie qui nous rejoint en cours de trimestre, commence par prendre en charge les aspects purement administratifs en déchargeant magistralement Gérard de ces contraintes. Ensuite, elle gère les relations avec la Mutuelle des Motards quant à l'épineuse organisation du salon.

 

Les deux dernières semaines de novembre sont dantesques. Si, physiquement les jours raccourcissent, pratiquement ils s'allongent démesurément. Les dernières galères techniques nous font douter, par moments. La somme des détails à régler s'amplifie. A chaque réponse apportée deux questions nouvelles apparaissent. S'il est sûr que nous ne serons jamais complètement prêts, nous tentons de prendre le maximum de moyens pour favoriser une réussite exemplaire.

 

De plus, dans ce contexte, nous avons pris la décision de ne pas montrer la moto avant sa présentation officielle. Mais en même temps il faut bien répondre aux nombreuses demandes qui nous parviennent de tous les horizons, à commencer par les adhérents de l'association, véritable tribu renommée "La Bande à Pépé". Nous distillons donc l'information dans une démarche mûrement architecturée. Les indices sont émis par bribes, les photos sont tronquées pour n'en faire apparaitre qu'un ou deux éléments à chaque fois et, régulièrement chaque contenu est diffusé, ne répondant que partiellement aux attentes …

 

A ce jeu, quelques journalistes, mais surtout les membres de la Tribu piaffent d'impatience. Et c'est d'autant plus vrai pour tous ceux qui ne pourront pas faire le déplacement à Paris ! Et envers tous nous prenons des engagements formels de leur faire partager au mieux tous ces moments.

 

Le jeudi 28 novembre, je profite d'une fenêtre météo plus favorable pour programmer mon départ vers Paris. L'air est sec, mais je dois attendre la fin de matinée que les températures remontent un peu car les 130 premiers kilomètres peuvent se révéler piégeux ! A Meymac il fait encore -5° et la traversée du plateau de Millevaches tout blanc se pratique entre -8° et -10°. Les zones ombragées ou proches des cours d'eau sont abordées avec une certaine retenue et quelques fugaces dérobades de la Diversion me confortent dans une allure des plus mesurée. Je suis ensuite bloqué plus d'une heure en Sologne … par le téléphone. De nombreux messages m'entrainent à traiter sur place des questions urgentes émanant des collègues et de la Mutuelle dont je viens de reprendre la gestion pour l'organisation.
Je finis par arriver chez mon frère, dans les Yvelines, de nuit et trempé. Les 50 derniers kilomètres se sont poursuivis sous la pluie et dans la brume !

 

J'ai voulu arriver un peu plus tôt pour être sur place les derniers jours et pouvoir réagir à une quelconque embûche, mais aussi consacrer un peu de temps à ma famille, mais celui-ci est réduit à sa plus simple expression.

 

A Lésignan, c'est aussi l'enfer. La peinture sur le carénage réagit mal et Pépé m'en informe catastrophé. Il envisage de présenter la machine sans sa robe … Nous nous donnons deux heures de réflexion car il faut que je trouve une solution pour que tous les logos de nos partenaires soient présents … et ils sont sur le carénage ! ! ! Tractations avec Laure de la Mutuelle des Motards, en charge du salon et évaluation des options potentielles.
Un long conciliabule s'engage alors avec Olivier Gomez et nous prenons la décision de monter le carénage. Il pense pouvoir gommer une partie du désastre et j'estime que nous présentons un prototype dont le sujet est le cœur technologique et pas son habillage. Je prépare toutefois les messages pour répondre aux éventuelles questions.

 

L'équipe technique réalise en fait une prouesse, mais à quel prix. Un travail acharné jusqu'au dimanche matin permet d'atténuer la majeure partie des défauts. La seule conséquence vraiment néfaste réside dans les films autocollants. Posés la nuit alors qu'il fait très froid, ils présenteront de multiples bulles qui apparaissent avec la chaleur du salon !
Quelle fabuleuse équipe cette "bande à Pépé" !

Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !

Sitôt arrivée, sitôt cachée ...

 

Dimanche en début d'après-midi, la machine est bien arrivée et l'installation se réalise correctement. De ce fait je n'aurais pas besoin de rallier la Porte de Versailles en catastrophe. Je m'octroie donc un moment de détente et propose à mon neveu Maxime une petite virée en moto. C'est qu'il piaffe d'impatience de remettre son casque et de partir s'encanailler avec le "Tonton Barjot" ! Mais pas une fois il n'a réclamé. Il grandit bien mon petit et émérite passager ! ! !

 

Au retour de notre échappée, en fin d'après-midi, un mail laconique, parmi d'autres, m'informe que les panonceaux prévus pour la But et le GECO ne sont pas réalisables par les services techniques. L'objectif était de relier par le texte ces deux machines réalisées par Éric Offenstadt à une quarantaine d'années d'écart. La tuile, si tard. Et puis je pense à un membre de la région parisienne qui m'a contacté quelques jours auparavant pour proposer ses services. Etienne, que je rebaptiserai Eugène dans mon CR de la première journée … pour la plus grande joie des taquins (non, je ne cite pas de noms) !
Je l'appelle, lui présente la situation et lui demande s'il peut fournir une solution. Immédiatement, il m'annonce qu'il va chercher des supports et que je peux lui envoyer les textes. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nouveau conciliabule téléphonique alors qu'il est dans un magasin et qu'il hésite entre différentes solutions.
Le lendemain matin, il est là à la première heure, avec des cadres aux couleurs GECO (orange et noir) et les textes sous différentes formes, mais aussi quelques viennoiseries et une bouteille de champagne. Il est confiant le garçon !

 

Il n'y a vraiment pas de problèmes dans la Tribu, que des solutions ! ! !

 

La journée du lundi est épique et fantastique.
Pendant que nous vivons ces moments magiques, les adhérents reçoivent la première photo de la moto. En effet, Eric B a programmé un envoi à 17H00 de la dernière photo prise à Lésignan, juste avant le départ. Ils peuvent ainsi partager presque en temps réel ces instants exceptionnels. Nous avons seulement pris une demi-heure de décalage avec l'horaire prévu !

 

Quant au déroulement de cette journée, j'en ai déjà fait un compte rendu :

Le soir, au retour chez mon frère et après un rapide dîner, je m'attelle à traiter les photos et préparer le compte rendu promis. Mais la fatigue accumulée, la pression qui décroit après l'euphorie et les poignantes émotions rendent mes paupières lourdes, trop lourdes pour être efficace. J'ai tout de même le temps de voir les premières photos proposées à tous par Eric B qui s'est rivé à son PC dès son retour. Il assume nos engagements de communication, tant vers les membres que pour les journalistes ayant besoin de photos.

Pour moi, réveil programmé à 4H30, je m'endors instantanément.


Mardi matin vers 6H00, en pleine rédaction de mon CR, je découvre avec plaisir la parution de Mototribu. Il est rapide ce bougre d'Adrien et ses photos sont magnifiques. A cette première et magistrale publication, s'ajoute l'article de Midi Libre. Ce démarrage tonitruant associé aux réactions de la veille laisse présager une bonne couverture médiatique ce qui tend à me rassurer.

 

A 7H20, j'envoie mon texte à Eric B qui le transmet immédiatement à la Tribu (je découvrirai quelques fautes plus tard, mais la relecture fut trop rapide !). Je peux reprendre la route vers Paris, l'esprit tranquillisé.

 

Nos craintes relatives à la fréquentation sont confortées dès l'ouverture. La foule se presse, les questions fusent, les dialogues s'établissent et les réactions sont particulièrement encourageantes. Heureusement que nous avons anticipé en prévoyant plus de personnes que les deux initialement imposées. La journée parait très courte, nous ne voyons pas le temps passer. Inlassablement nous expliquons, démontrons et proposons adhésions et concours.

 

Les questions techniques ne sont pas toujours faciles à traiter, mais nous avons la chance de bénéficier, en plus de Pépé, de la présence de Jérôme Hazart le jeune ingénieur en charge du projet pendant de long mois. Même s'il a quitté le sud pour poursuivre sa vie, il est là, efficace et fier. Encore merci à toi ! (on a bien fait de lui prévoir un badge, hein Raphaël, du beau boulot et efficace).

 

Le mercredi, mon frère m'accompagne. Il veut vivre aussi cette aventure, et avec son fils, Maxime. En passager, le frérot n'est pas fier. Je ne risque pas de m'échapper tant ses cuisses se referment lors de nos slaloms dans le magma des boites à roues ! ! !

Nous récupérons le grand Max qui arrive de son école Orléanaise et profitons des moments calmes avant l'ouverture des portes pour immortaliser la rencontre du sourd avec la Diva. Il est impressionné le gaillard.

Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !

Max radieux et son Papa entourent le GECO !

 

Dès les premiers afflux, ils partent visiter le salon pendant que nous reprenons nos sempiternelles litanies. Comme hier, celles-ci sont émaillées de moments particuliers lorsque je retrouve des copains, des compagnons de virées, des complices d'actions particulières.

 

C'est particulièrement vrai lorsque la FFMC 57 débarque. Les souvenirs remontent. Une montée impossible dans les Vosges avec Jean-Pierre et mon ami Serge de Metz. Mais aussi une finale d'un tour de France HMS à Metz avec Jean-Yves, motard handicapé. C'est un activiste notoire tant au sein de la FFMC que pour HMS. Par sa gentillesse, ses expériences, son accueil sur le stand HMS de Bols d'Or, il a grandement aidé mon petit Max à mieux appréhender son propre handicap, à découvrir des perspectives qui ont amplement favorisé sa positive évolution de ces dernières années.

 

Malheureusement, au grand regret de Maxime, ils ne se verront pas. Après un rapide pique-nique tous les trois, mon frère retourne bosser et Max repart vers son école en me demandant instamment de saluer Jean-Yves de sa part. En ce qui me concerne, aucune question ne se pose, l'activité autour de la GECO nous accapare.

 

Sur le stand, Laurent (lesmotards.com) continue ses animations, visiblement satisfait d'accroitre la pression en nous drainant encore plus de monde (peut-être sa vengeance de l'avoir entrainé dans cette aventure comme il l'avait exprimé en son temps pour me taquiner ?). Quand il prépare ses questions, je lui en propose une : "Combien de chaînes sur le GECO ?" La réponse serait trois, deux pour la transmission plus une dans le moteur. Quel ne sera pas mon étonnement le lendemain lorsque j'apprendrais que Pépé avait fustigé cette réponse : "Non, c'est quatre chaînes, vous avez oublié celle de l'amitié "

 

Bel hommage à cette équipée fantastique !

 

Mais c'est ma dernière journée. Même si la fatigue pèse, je suis abattu de devoir quitter cet environnement qui polarise tous les efforts de ces derniers mois. Je passe la main et transmets le témoin aux deux fidèles qui s'engagent à assurer l'ouverture du lendemain, Etienne et Jérôme.

 

Jeudi je dois reprendre la route pour rejoindre le Massif Central. En effet, je suis engagé dans une autre aventure, la concentration des Millevaches. Encore un environnement où nous allons pouvoir faire briller la GECO. Eh oui, l'organisateur, le MC Meymacois est aussi un partenaire du projet et plusieurs de ses membres, à commencer par Bill son Président, sont également adhérents de la Tribu ! ! !

Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !
Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !
Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !
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Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !
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Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !
Salon de la moto. Fin du premier épisode d'une folle histoire !

Merci à toi, Éric Offenstadt, de me permettre de te retourner les rêves
que tu m'as offerts il y a plus de quarante ans maintenant ;

 

Merci à vous, Anne, Pierre, Eric B et Raphaël que j'ai découvert à cette occasion
et avec lesquels j'ai partagé tant de moments,
élaboré tant de solutions, appliqué tant de décisions et …
gagné un pari complètement fou, rétrospectivement ;

 

Merci à vous tous, trop nombreux pour être cités, pour vos idées,
vos investissements, votre joie de vivre, nos partages endiablés, votre passion,
enfin tout ce qui a fait de ce projet une merveilleuse aventure humaine
avec un premier résultat époustouflant !

 

Mais ce n'est pas fini, vivement la piste …

Ils parlent du GECO
(liste au 22/12/2013)

Le Point

France Info

France 3

Le Midi Libre

Moto Magazine

Dépêches Motoplus.ca

GP-inside

Autonews info

http://www.youtube.com/watch?v=0KGA-ri-4eo

Moto Tribu

Esprit-Racing

Frico Racing

Moto-Net

Moto-Station

Moto Services

lerepairedesmotards-com

itineraires-evasion-fr/

itineraires-evasion-fr/

moto-journal-05:12:2013

ffmc71

motoclubdespotes.fr

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 00:28

 

Vendredi 13 …

Et 2013 en plus …

Pourquoi ne pas tenter sa chance ?

Tenter votre votre chance avec la GECO !

Adhérer au projet GECO, c'est déjà des certitudes de gains incomparables :

 

  • Participer activement et concrètement à un projet novateur ;
  • Vivre une aventure époustouflante où l'union de femmes et d'hommes repoussent constamment les limites ;
  • Etre aux premières loges de l'avènement d'une moto de conception entièrement nouvelle ;

 

A l'occasion de sa première présentation mondiale lors du salon de Paris, la presse est unanime.
Le projet GECO marque une étape de taille dans l'histoire de la moto :

 

Le Point

France Info

France 3

Le Midi Libre

Moto Magazine

Motoplus.ca

GP-inside

Autonews info

Moto Tribu

Esprit-Racing

Frico Racing

Moto-Net

Moto-Station

Moto Services

 

 

Mais adhérer au projet GECO avant le 31 décembre 2013, c'est aussi la chance de participer automatiquement à un tirage au sort richement doté :

 

  • 1er lot : Un scooter électrique EC03 Yamaha (exemplaire unique aux couleurs GECO) offert par notre partenaire Yamaha France, d'une valeur de 2 500 €.

  • 2ème lot : 1 carton de 24 bouteilles de Château Paul Mas (6 Blanc, 6 Clos des Mures, 6 Savignac, 6 Moulinas) offert par les Domaines Paul Mas, d'une valeur de 390 €.

  • 3ème lot : 1 coffret de visserie Titane kit avant "superlight" offert par Titane Service, d'une valeur de 380 €.

  • 4ème lot : un blouson SOftshell à Capuche aux couleurs Béringer offert par Béringer SAS, d’une valeur de 140 €.

  • 5ème lot : 6 bouteilles Prima Perla ( 3 Rosé 3 Blanc) Chateau Martinolles offert par les Domaines Paul Mas, d'une valeur de 60€.

  • du 6ème au 15ème lot : 1 ensemble textile GECO (T-shirt et casquette) offerts par SPEM, d'une valeur de 40 €.

  • du 16ème au 25ème lot : 1 photo de la GECO numérotée et dédicacée par Éric Offenstadt, offerte par l'association, d'une valeur de 10 € (inestimable en fait !).

  • du 26ème au 35ème lot : 1 jeu d'autocollants ProGECO Moto offert par l'association, d'une valeur de 10 €.

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Non, je n'y crois pas

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 14:14

 

Je vous propose aujourd'hui un texte de mon ami François, moine de son état mais aussi motard de passion … ou artisan-émailleur.

Emporte-moi sur ta moto...

Le Père François en action devant son four !

 

 

Celui-ci vous a déjà été présenté dans mon CR du "Cafè Racer Festival"

 

Dernièrement, je l'ai retrouvé pour une magnifique chevauchée Auvergnate où nous avons partagé d'excellents moments, mais aussi une fugace angoisse (pour plagier un ami Normand : "J'en veux bien d'un Père François pour me protéger de la Sainte Gamelle ! ") … (cf. Une merveilleuse après midi … )

 

Le texte ci-dessous, paru dans la revue « Études » (Revue de culture contemporaine), novembre 2013, p. 519-528 est long et utilise un style peu commun dans notre univers journalier.

 

Néanmoins, sa façon de traduire notre passion m'interpelle et me prouve encore que notre environnement motard est capable d'abolir bien des barrières de conditions sociales entre autre, et quel que soit le point de vue !

 

 

« Emporte-moi sur ta moto... »

 

François Cassingena-Trévedy1

A 10, un dimanche de juin, en soirée. Les grands panneaux bleus se succèdent : direction Orléans, direction Tours, direction Poitiers. Quelques minutes après le départ, une averse généreuse nous avait contraints à nous arrêter à l’abri d’une station-service pour passer nos vêtements imperméables sur nos cuirs : désormais, placidement accordés aux humeurs comme aux sérénités du ciel, nous traçons notre route avec cette détermination qu’exigent les grands axes, avec cette absence d’état d’âme qu’impose le régulateur de vitesse. Et néanmoins, que d’états d’âme libère cette absence ! La route. Majesté de la route. Monarchie de la route. Mystère de la route qui, plus encore que l’attention, appelle le recueillement. Celle-ci me paraît ce soir aussi imposante qu’un fleuve à son estuaire, aussi puissamment respirable qu’un océan. La route que l’on apprend sous toutes ses coutures, la route que l’on épouse, ventre à terre, dans un exercice de consentement total et de rigoureuse adhésion, jusqu’à cet anéantissement de soi dont parlent les mystiques, jusqu’à cette identification pure et simple à laquelle aboutit la persévérance du regard posé sur le ruban. Je suis la route, a dit quelqu’un (Jn 14, 6). Après que je lui aurai passé sur le corps d’un bout à l’autre et que je l’aurai étreinte de si près – au risque d’inscrire ma chair et mon sang dans le rude grain de sa peau –, elle sera écrite en moi, et les circuits les plus intimes, les plus élémentaires de mon être conserveront, ineffaçable, le souvenir de son asphalte. La route offerte au rut. Je fais route, tête première, n’ayant plus que la route en tête et tout ce qui marche avec elle, et tout le monde qui tourne avec elle : il est de ces obstinations, de ces abrutissements bienheureux dont l’envers, dont l’issue est une extase. Quoique simple passager, je suis, comme mon pilote, comme tant d’autres hommes de mon temps, un homme au casque : un casque modulable Nolan, noir mat, que j’ai soigneusement choisi et qui est absolument incessible, et qui est mon apanage et mon panache et mon attribut. Un casque dont mes lettres latines m’ont fait découvrir avec amusement et satisfaction la présence cryptique – cassis – jusqu’en mon propre nom. Ma tête dure. La grande épopée humaine rutile de casques, comme le casque est pour toute épopée révolue, présente ou future une boite de Pandore. Les longues distances que j’ai déjà parcourues sous les ciels les plus capricieux et sur les montures les plus diverses m’autorisent à me dire motard et, route faisant, ce soir, je roule délicieusement en moi-même la fierté de ce titre dont le prestige en éclipse soudain bien d’autres, la joie de cet état dans lequel viennent se confondre, pour l’exaucement d’un très vieux rêve de l’homme, quelque chose de martial et quelque chose de sacré.

 

Mon conducteur lâche les poignées pour réajuster ses gants et, cédant à la tentation d’une virtuosité qu’autorise l’assise remarquable de la machine, conduit par instant du bout des doigts. La massive Goldwing 1800 faseye légèrement, comme ferait une voile. Goldwing, « aile d’or » : de quoi rêver. Tu t’avances sur les ailes du vent, s’exclame le psalmiste, pour évoquer la célérité divine (Ps 103, 3). Lorsque nous aurons quitté l’autoroute, la puissante routière accusera dans les tournants une gîte autrement prononcée, au point que les cale-pieds viendront riper parfois contre le bitume : Philippe a la conduite sportive, avec un je ne sais quoi – je ne dirais pas de nerveux – mais de jubilatoire. Confesserais-je, comme une frasque partagée à trois (Philippe, la moto et moi), que j’ai tâté un jour des 210 km / h sur une belle ligne droite, entre Angle-sur-Anglin et Chauvigny, dans la Vienne ? Et que dire de l’admirable courbe que décrit, dans le même département, la route qui débouche de Mirebeau pour filer sur Loudun ? Au demeurant, la moto ne se saurait se laisser systématiquement associer aux débordements et aux paroxysmes : elle a aussi ses flâneries et ses lenteurs exquises, comme la symphonie a son andante. Et c’est alors, surtout, qu’elle a du nez, je veux dire qu’elle offre à l’odorat de surprenantes béatitudes : traversée des fraîcheurs sylvestres et des grandes sueurs céréalières, des longues fumées d’automne, des épandages agricoles et des relents de frite, aux abords des aires d’autoroute. Évoquer de tels andante, propices aux dégustations olfactives, avec les allegro presto qui leur sont naturellement corrélatifs, c’est suggérer que, n’en déplaise aux oreilles impies qui s’obstinent à ne l’entendre que sur le registre du bruit, la moto est viscéralement musicienne. Sans parler du rock’n’roll ou du rockabilly dont elle s’entoure volontiers et dont saura bien s’enchanter quiconque demeure largement ouvert à toutes sortes d’expressions musicales, la moto elle-même possède, eu égard à la configuration propre de son moteur et de ses échappements, la pleine stature instrumentale d’un violoncelle, d’une viole de gambe, d’un cor ou d’un saxo : c’est à l’impression, à la jouissance sonore particulière qu’elle procure que se reconnaissent – les passionnés le savent bien – sa personnalité, sa marque et, surtout peut-être, pour la plus grande émotion, la génération historique à laquelle elle appartient. Au-delà du sound qui l’environne ou qu’elle contribue à créer elle-même lorsqu’elle se perd parmi d’autres agents du paysage sonore contemporain, il y a le son personnel qu’elle rend, mieux, l’inflexion irrésistible et singulière de sa voix qui remplit tout aussitôt d’aises inénarrables le cœur, le plexus solaire et les régions sous-abdominales.

Emporte-moi sur ta moto...

Email de paysage - Rivière qui réfléchit

 

 

Profitant ce soir de la régularité de l’allure qu’impose l’autoroute, je m’engage avec des facultés plus lucides et plus détendues dans l’exploration de l’événement dynamique dont je ne suis pas seulement le patient, mais le partenaire : je m’essaie à me faire compteur, accessoire vivant de la machine. Mon regard oscille de l’horizon qui charrie les rayons et les ombres d’un grand ciel dépressionnaire à la glissière centrale de la voie publique où défilent les indications kilométriques : je compte environ trente secondes par unité et je peux calculer en conséquence la vitesse de ce que j’aurais peine à appeler un véhicule, tant mon imagination et mon affection le perçoivent désormais comme un animal, autrement dit comme un être vivant. Mais bientôt mon arithmétique se perd et je retourne aux lointaines orées des forêts domaniales, aux silos, aux éoliennes. Ce n’est pas rien d’être passager. Le passager n’est pas valeur nulle. Il est inassimilable aux valises latérales ni au top-case, encore que, soit dit en passant, ces rotondités facultatives de la machine lui apportent un supplément non négligeable de confort. Non, le passager – le vrai passager – est un frère, un pote, un complice, engagé dans l’événement du trajet avec autant de passion et d’application que son protagoniste. Ce n’est pas assez dire qu’il obtempère, dans la situation qui est la sienne, puisque aussi bien quiconque se borne à obtempérer demeure étranger au vif de l’action ; ce n’est pas assez dire non plus qu’il imite, car l’imitation s’accommode encore d’un délai : en réalité, le passager cède de plein gré, dans une sorte de système chorégraphique, à toutes les inclinations du conducteur et de sa monture, il est d’intelligence avec elles, il participe pleinement, activement, instantanément, de la destinée cinétique du centaure qui l’emporte ; il assentit à toutes les sinuosités de la route, il les envisage, il les domine, il les anticipe, il les avale, il les invente, il les trace à mesure, en curseur virtuose qu’il est devenu lui-même. Il abonde, avec les ressources du commerce le plus physique, dans le sens de cette autorité souveraine, qu’elle s’incurve à plaisir ou se donne le champ de longues rectitudes. Il épouse, il compatit, il souffre, il collabore. Il ajoute – source supplémentaire de sécurité, encore que discrète – sa propre vigilance à celle du conducteur, il fait attention à l’attention d’un autre. L’on ne saurait concevoir stimulation plus énergique à l’état de veille, ni école plus rigoureuse de confiance et d’abandon, ni procédé plus expéditif pour franchir la latitude de la peur et jeter l’instinctive raideur à la voirie. Pareille remise de soi-même, corps et âme, dans la voltige, ne saurait évidemment se fonder que sur une amitié solide, comme elle contribue puissamment à la consolider à son tour : elle se double d’un acquiescement à l’acte de chair du pilote copulant avec sa chère moitié mécanique, comme si l’amour et l’amitié, combinés, arrimés l’un à l’autre à la faveur de cet étrange commerce triangulaire, nouaient en un riche faisceau les expériences affectives dont ils sont respectivement les vecteurs. Motard de l’arrière, j’allonge en imagination – en rêve – bras et jambes, je me dote d’un corps surdimensionné en empruntant, comme des prothèses, les membres d’autrui ; je me représente, j’évalue, mieux, je visite de l’intérieur avec émerveillement, avec appétit, le contentement total que mon conducteur doit éprouver à posséder pareille bête humaine, pareil vif-argent entre ses cuisses, et j’entre, par procuration, en partage d’une jouissance basique, élémentaire, exorbitante : noces métamorphosées d’un âge plus rassis, et néanmoins plus fou. Toutes les bécanes que je monte en second sont à moi, puisque je peux revendiquer comme mes propres décorations les soleils et les pluies de leurs aventures, et tout ce grand air dont elles portent la gloire autant que les stigmates. The power and the glory… Allons ! cela fait du bien, par échappées. Qui oserait se targuer de n’avoir jamais été étourdi par les vapeurs de grandes émotions apéritives ? Pourrait-il même se dire homme, celui qui ne saurait pas d’expérience les régions de dilatation et d’allégresse auxquelles introduit un cordial, surtout lorsque l’on n’est pas seul à le boire ? L’attrait tout enfantin ou tout adolescent de l’homme pour la force démonstrative mérite quelque indulgence lorsque, avec un sourire amusé, il sait encore analyser son ivresse et se mettre à distance de lui-même. Il y a, je le reconnais sans contrition aucune, quelque chose de baroque et de dionysiaque dans l’entité-moto et la passion qu’elle suscite : ce quelque chose de déraisonnable dont l’absence ferait de nous des êtres de raison, ce je ne sais quoi d’exubérant et de débridé qui doit nécessairement entrer dans notre plus foncière fabrique.

Emporte-moi sur ta moto...

Le Père François avec certaines de ses œuvres,
à Monthléry lors du "Café Racer Festival"

 

Mais décidément ce qui roule dans ma tête, ce soir, pendant la vacance intérieure que ménage le régime autoroutier de la conduite, est d’un ordre moins primitif et moins brut. D’un ordre plus vaste, plus grave, plus solennel. Après avoir couvert près de quatorze-cents kilomètres en moto en l’espace d’une semaine (un record dans ma carrière de passager), je reviens du Festival Café Racer qui s’est tenu à l’autodrome de Linas-Montlhéry, prestigieux sanctuaire mondial de la vitesse qui fut érigé en 1925 et qui, après une décennie environ de fermeture, s’ouvre à de nouvelles démonstrations. J’y fus, non pour courir ni concourir sur mon propre pégase, on s’en doute, mais pour exposer mes œuvres moto-artistiques dans un stand, en compagnie d’autres artisans fort sympathiques : Philippe l’aquarelliste qui dédicace dessins et affiches, David l’Avignonnais qui manie le pinstriping et le lettrage sur casques et réservoirs, Gianluca le forgeron calabrais qui fait fondre l’aluminium pour fabriquer carters moteur, pipes d’admission, dosserets de selle. Penché avec une application intermittente sur ma plaque de cuivre émaillée pour exécuter, aux yeux du tout venant, la silhouette d’une Triumph X-75 Hurricane (1973), je me suis laissé galvaniser comme un conscrit par le fond sonore de quelque deux cents machines trépignant sur le béton de la piste, cependant que mes lettres classiques, toujours en sous-main, portaient à ma mémoire l’évocation des Jeux en l’honneur du Troyen Anchise, au cinquième chant de l’Énéide de Virgile, avec leurs régates, leurs courses, leurs compétitions équestres…

 

                                           Finibus omnes,

Haud mora, prosiluere suis ; ferit aethera clamor…2

 

Encore que la matière des épreuves et les moyens de transport aient singulièrement évolué depuis ces temps héroïques, le transport de joie, lui, demeure foncièrement le même et l’homme qui joue se révèle dans sa pérennité. Reste que mon oreille ne fut pas seule à jouir de la félicité en ce paradis d’un genre particulier : à la faveur des rares instants durant lesquels il m’a été loisible de déserter ma propre boutique, j’ai pu contempler des « prépas » d’une insolente beauté. Café racer – sans doute faut-il le rappeler pour les non initiés –, ce n’est pas une marque : c’est un style de motos très économes en carénage, très personnalisées, plutôt rétro (Fifties, Sixties, Seventies, avec prépondérance britannique), dotées d’un réservoir en aluminium poli et d’échappements libres, autrement dit de motos qui sacrifient le confort aux exigences de la vitesse, de la maniabilité et d’un look nerveux, superbe, athlétique. Des œuvres d’art. Quelque chose qui s’apparente aux vieux gréements dans le monde des bateaux. « Crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus », écrivait jadis Apollinaire… Eh bien, voyez-vous, une Triumph Bonneville, une Norton Manx, une Yamaha 850 XS, une Honda CB 750, ça a de la gueule, ça a de la tripe, ça a de l’âme. Café Racer recouvre aussi, naturellement, un style de motards : quelque chose de fier, d’inconditionnel, d’atypique, avec une finesse d’esthète. Bref, Café racer, c’est, dans l’univers de la moto, l’incarnation et la mise en œuvre concrète de cette qualité inestimable qui s’appelle le « style ».

Emporte-moi sur ta moto...
Emporte-moi sur ta moto...
Emporte-moi sur ta moto...
Emporte-moi sur ta moto...

Quelques émaux d'anciennes ...

 

Je rentre donc de ma première grande concentration moto comme on rentre d’un grand pèlerinage, confirmé en grâce et nimbé d’une indicible nostalgie. Dieu a tant aimé le monde (Jn 3, 16)Sous prétexte d’aimer le premier, comme il peut nous arriver parfois de moins aimer – de mal aimer le second ! Et néanmoins, il n’y a pas de doute, le monde contemporain a ses congrès « eucharistiques » à travers lesquels une attente eschatologique se fait jour, attente que l’on serait bien mal venu de considérer avec dédain comme purement séculière. C’est au milieu de tels camps volants, au cœur de telles « capitales » circonstancielles et significatives qu’il faut se rendre présent, non pas seulement comme observateur, mais comme communiant potentiel et comme ami d’une humanité en travail de son avènement. Bref, la ferveur que ces journées ont éveillée en moi m’inspire une immense sympathie pour cette humanité cuirassée de pied en cap avec laquelle j’ai noué tant de liens. Humanité unanime (le fameux unanimisme des Copains de Jules Romains) dans la même admiration bon enfant, dans le même corps à corps avec des haquenées généreuses en formes et hautes en couleurs, dans le même cœur à cœur entre fidèles émus de faire connaissance. N’y a-t-il pas dans tout unanimisme de bon aloi la première mesure d’un hymne à la joie et la première assise du Royaume ? Car si la moto est aujourd’hui le catalyseur d’une affirmation puissante de l’individu (autonomie-« motonomie »), elle est aussi, au-delà des chapelles qu’érige l’attachement inconditionné à telle ou telle marque, le nœud d’une sodalité irréductible, résistante, chaleureuse, virile, non sans que les femmes y prennent d’ailleurs largement leur part. S’il n’est pas nécessairement un rebelle, le motard se caractérise génétiquement par une certaine contenance de colère fondamentale (il n’est pas indifférent qu’une fédération entière et très officielle puisse s’intituler FFMC, Fédération Française des Motards en Colère). S’il ne « rompt » pas nécessairement « en visière à tout le genre humain », comme Alceste le misanthrope, celui qui fait profession de vivre à deux roues rompt certainement en visière, non seulement avec l’usage routinier de la route, mais avec tout un mode de vie contemporain dont la « caisse » (la bagnole) panurgique est l’instrument autant que le symbole. Comme me le confiait récemment l’un de mes amis motards (je le cite textuellement), « je me demande si aujourd’hui, la communauté-moto ne fait pas partie des dernières où l’on cultive encore au quotidien et de façon très naturelle quelques valeurs de partage et d’amitié… La société du virtuel et de l’artificiel en a besoin plus que jamais. » Après bien d’autres expériences de moindre envergure, la grand messe de Montlhéry m’a confirmé dans ma propension à identifier le monde motard comme un « Ordre » au sens quasi religieux du terme, Ordre que nous appréhendons au quotidien comme épars sur les routes, mais dont la cohésion, l’indépendance et la souveraineté n’attendent que la première occasion festive ou polémique pour se manifester. En vertu, sans doute, de cette gémellité historique qui a accolé jadis les deux Ordres dans un même paysage social et métaphysique, le moine que je suis s’est senti de plain pied avec ce qu’il faut bien appeler une chevalerie : épiphanie moderne de cette chevalerie polymorphe, modulable au fil des siècles, et dont l’humanité aura toujours besoin pour se donner tout à la fois de l’air, du champ, de l’exercice et de la hauteur. Dans le grand embouteillage, dans le grand engorgement contemporain – celui des idées et des comportements comme celui des véhicules –, le motard mérite notre admiration, notre respect, notre affection (notre indulgence, le cas échéant), parce qu’il est l’homo agilis, l’homme agile, et que son agilité est un appel.

 

De la race des chevaliers, certainement, ce Monsieur Olivier qui, sur la fin du Journal d’un curé de campagne, emmène sur sa moto (sans doute une Peugeot, une Terrot ou une Monet-Goyon : on est alors à l’âge d’or de la moto française) le jeune ecclésiastique miné par son cancer, pour une ultime recréation, pour une trêve de vitalité radieuse. Cette page de Bernanos le motard a profondément édifié et fasciné mon adolescence studieuse, contemporaine de ces Seventeens où les Japonaises mythiques faisaient leur apparition sur la scène motocycliste et tentaient les mauvais garnements de ma classe qui me dépassaient de deux têtes. C’est cette page qui affleure à ma mémoire chaque fois que, n’en finissant pas de prendre sur ces dadais d’antan, sur ces Goliath immatures, une revanche digne de David le frondeur, je me laisse emmener à mon tour et « chevauche » avec extase « un chérubin » (Ps 17, 11) de fer, en espérant – sait-on jamais ? – pouvoir serrer un jour entre mes jambes la monture raisonnable autant qu’idoine à mon modeste gabarit (j’ai le béguin pour une Honda 125 Shadow). La moto polymorphe et idéale de ma cinquantaine est en somme la projection objective et tangible de l’énergie qui m’habite : elle est aussi la compensation et la consolation face à cette loi d’inertie dont je constate si souvent autour dans mon entourage proche ou lointain l’invincible monopole. Manifeste de ma « force qui va » (Hugo, Hernani), elle est aussi l’emblème insolent du train auquel j’aimerais qu’aillent plus volontiers tant d’êtres dont l’ordinaire apathie m’insupporte. Moto égale moi-en-réaction ; moto égale précipité de ce grand Non que j’ai envie de dire haut et clair ; moto égale matérialisation quasi charnelle de ces deux puissances de l’âme (comme deux roues !) que Platon appelait le thymos et l’epithymia, que la scolastique médiévale nommait le « concupiscible » et l’« irascible », et qui sont indispensables l’une et l’autre, autant que le noûs (esprit, pensée), à la cohésion et à la stabilité de l’attelage tripartite3. Au demeurant, ma route littéraire et philosophique avec la moto devait me réserver une autre illumination : j’ai trouvé récemment dans Moto, notre amour de Paul Ardenne (Paris, Flammarion, 2011), critique d’art contemporain, l’expression somptueuse, pénétrante et crue des émotions fondamentales dont l’entité-moto est la matrice, l’analyse des grandes postures existentielles dont elle est le signe, la synthèse magistrale des multiples approches dont elle est susceptible : anthropologique, sociologique, psychologique, mystique. La lecture enthousiaste de l’ouvrage a débouché sur la rencontre personnelle avec son auteur, la rencontre sur une amitié à haute puissance : Paul l’athée m’appelle son frère, Paul le philosophe et le poète de la moto se fait mon mentor.

 

En méditant ce soir, assis sur le tansad de la moto qui avale l’A 10 à grands traits, j’en viens à me dire une fois de plus que le risque est l’anti-virtuel par excellence, l’anti-virus majeur contre cette virtualité ménagère qui nous envahit, nous gangrène, nous émascule. La vitamine du risque raisonnablement assumé s’avère être indispensable à notre bonne santé. Le risque est le luxe ordinaire des héros les plus obscurs, et cependant que tout le monde s’évertue aujourd’hui à l’annuler en toute circonstance où il se peut courir, c’est une liberté que, pour rien au monde, l’on ne saurait abdiquer : l’on n’est heureux – l’on n’existe – qu’à proportion des risques auxquels on a consenti. N’est-ce pas sur un risque fondamental que reposent nos destinées individuelles, comme celle de l’univers entier ? Continuant à serrer intérieurement mon petit bagage, mon petit trésor d’expérience, je savoure ma satisfaction de m’être inscrit, dans un grand élan d’humanité que n’eussent pas désavoué mes aînés ecclésiastiques des années soixante-dix, au moto club de Vivonne (« Les Pistons Bleus ») qui est géographiquement le plus proche du monastère et qui, dans un esprit tout à fait bon enfant, m’a sollicité pour venir bénir des motos. Symphonie contrastante, comme je les aime, avec la stabilité ordinaire et obligée de mon état : je rêve de vivre nuit et jour dans ma tunique de peau qui me rive sans remords à ma condition adamique, dans mon cuir qui m’apparente à ces cavaliers mongols dont le plus clair du temps se passait à courir les steppes. J’énumère tout bas mes amitiés, ces amitiés franches, viriles, aventurières qui sont aussi précieuses, dans le bouquet d’une vie d’homme, que celles dont décident les affinités subtiles des intelligences, les vibrations partagées de l’expérience artistique et les profondes communions spirituelles. C’est par le miracle de l’amitié que je me trouve posséder tant de machines : la Honda VTX 1300 de Thierry, la Goldwing 1800 de Philippe, la Triumph Trophy 1200 d’Alain, la Kawazaki 1200 ZZR de Gilles, la Honda 1000 CBF de Gérard. Moments, heures bénies d’exposition maximale, d’équilibrisme à haute tension, d’apesanteur conquise : la moto est l’épicentre d’un Oui complet et radieux. Oui au penchant de mon propre corps, oui à la matière, oui à l’amitié, oui à l’atmosphère, oui à l’espace, oui au pouls de la modernité. La moto sur laquelle – avec laquelle, par laquelle – je suis, ne me transporte pas seulement d’un point à l’autre : à raison même de sa solitude, de son indépendance et de sa précarité vertigineuse, elle instaure tout un rapport au monde : elle compose le monde autour de moi et le livre à mon émerveillement.

Emporte-moi sur ta moto...
Emporte-moi sur ta moto...

Émaux de motos modernes ...

 

 

L’espace de quelques bornes, nous roulons de conserve avec une Ducati Diavel 1200 noire, alezan de race dont les lignes et les volumes (honneur au génie transalpin) offrent au regard une haute satisfaction esthétique. D’autres motos nous croisent dans l’autre sens, plus rares, à vrai dire, à mesure que nous avançons en haute autoroute, comme on avancerait en haute mer. Échange rituel du salut motard, dans la bonne humeur et la conscience tacite d’appartenir à une même humanité de braves, de conspirateurs, de coreligionnaires, de survivants, de promoteurs d’une même différence irréductible. Pour le dire en un mot, à une même race d’élus. Alors, insensiblement, du tréfonds de moi-même, de la moto, de la route, du paysage traversé, de l’horizon embrassé – je ne saurais faire de départ tant tout cela fait système – un chant s’élabore et monte de mémoire : c’est l’offertoire grégorien Iubilate Deo universa terra de la cinquième semaine du Temps pascal. « Jubilez pour Dieu, toute la terre… » (Ps 65, 1) Par quelles voies souterraines, en vertu de quel phénomène capillaire la joie plastique que j’éprouve à conduire ce chant, au monastère, dans l’exercice ordinaire de ma charge de maître de chœur, communique-t-elle avec celle dont m’inonde, ce soir, le consentement sans retenue à la machine, à la route, au rythme du monde contemporain ? Les séparations officielles que nous décrétons arbitrairement entre les choses sont une illusion qui cède, en certains moments d’exception, à la certitude lumineuse d’une convergence. Par l’immensité des relations qu’elles établissent, les expériences fondamentales atteignent, comme les métaux, un certain point de fusion dans lequel elles se corroborent les unes les autres au lieu de s’excommunier, donnant ainsi à percevoir aux trempes authentiquement « catholiques » (au sens claudélien du terme) la plénitude et la simplicité de la béatitude à laquelle l’homme est dès maintenant promis. En même temps qu’elle s’érige en exutoire des forces les plus archaïques, la moto conduit le corps – ce grand commensal du banquet – aux frontières de son futur : chaque « emportement » à moto, dans le souffle de l’amitié, serait-il déjà une assomption dans la gloire ?

 

*

Emporte-moi sur ta moto...
Emporte-moi sur ta moto...
Emporte-moi sur ta moto...
Emporte-moi sur ta moto...

Émaux liturgiques et abstraits !

 

Notes de François :

 

1 Moine bénédictin, docteur en théologie, écrivain (entre autres, Étincelles, trois volumes parus chez Ad Solem, 2004-2011).
L’exposition Un siècle d’or de la moto (portraits de motos anciennes et contemporaines exécutés par lui à l’or fin sur plaques de cuivre émaillées) a été largement couverte par la presse et le web motocyclistes.

 

2 « Tous, d’un même bond, se sont élancés de leur ligne de départ, et la clameur frappe le ciel… » (Virgile, Enéide, V, 139-140).

 

3 Ceci dit, si l’on veut poursuivre sur la lancée de la métaphore platonicienne, il faut s’empresser d’ajouter que la moto bien tempérée – forme inédite du fameux attelage du Phèdre – a besoin elle-même d’un noûs qui la conduise, qui l’habite, ou de ce que les Stoïciens appelaient l’hègémonikon.

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 00:15

 

… le 20 mai 1973, Jarno SAARINEN et Renzo PASOLINI perdaient la vie dans un terrible accident de course à Monza !

 

Triste nostalgie - Hommage à Jarno et Renzo - Il a 40 ans déjà ...

Lundi 21 mai 1973.

 

J'arrive à l'école hôtelière sur mon CB 350 Honda que je commence à mieux maîtriser (plus de 100 bornes par jour), tout guilleret après un dur week-end de labeur, mais synonyme d'argent engrangé sur mon livret d'épargne.

 

Jacques, qui étrenne sa toute nouvelle 125 Honda bicylindres (elle vient tout juste de remplacer la Malagutti tant enviée ces derniers mois) m'accueille avec une mine catastrophée.

 

Que lui arrive-t-il ?

 

"Es-tu au courant de l'accident de Monza ?"

 

Monza ! Effectivement, le Continental Circus passait par l'Italie ce week-end. Mais que s'est-il passé ?

 

Et en ces temps, l'information moto est autant présente que maintenant dans les médias nationaux et généralistes, en plus du fait que je n'aurais pas eu l'occasion de le voir après le boulot … Et pas d'internet non plus !

 

Et la nouvelle tombe :

 

"J'ai vaguement entendu à la radio. Il semblerait qu'il y ai eu un gros crash et deux pilotes seraient morts, dont Jarno Saarinen …"

 

Je n'y crois pas.

 

Saarinen est l'étoile montante de la vitesse. Il bouleverse l'ordre établi par Agostini. Il met fin à son hégémonie et celle de MV Agusta en devenant Champion du monde 250 cc en 1972 avec Yamaha qui démarre aussi la montée en puissance des deux temps.

Et depuis le début de la saison 73 il truste régulièrement la plus haute marche du podium.

Il maîtrise des techniques aujourd'hui standards, mais révolutionnaires à l'époque. Il est probablement l'un des premiers à "poser le genou". Il est aussi le premier à utiliser systématiquement la glisse de l'arrière, méthode qu'il applique régulièrement en courses sur glace (sans clous) ou en "speedway" dans ses contrées nordiques de Finlande.

Et sa compagne, Soeli, toujours présente à ses côtés est vraiment charmante (elle en a alimenté des fantasmes d'adolescent cette superbe et souriante blonde...).

 

Toutes les facettes de ce personnage ont créé la naissance d'un mythe … fauché en pleine éclosion !

 

Non, ce n'est pas possible, nous n'arrivons pas à enregistrer cette information qui est pourtant rapidement confirmée par la presse sportive que nous nous empressons d'acquérir et qui précise que Renzo Pasolini est aussi décédé.

 

Pasolini est le grand contradicteur Italien de Giacomo Agostini, opposant les machines italiennes Benelli (10 victoires en 350) puis Aermacchi HD (2 victoires en 350) aux MV Agusta régnant avec un partage minimum sur le "Mondial" de cette époque.

"Paso" était parfaitement reconnaissable dans le Paddock avec ses innombrables blagues et ses lunettes de vue ! Il a fini second du Continental Circus en 1968 avec la Benelli 350 (Ago champion du monde) et en 1972 sur la Aermacchi – HD 250, derrière Jarno.

Il totalise 6 titres nationaux en 250 et 350 !

 

Pourtant, à cette époque, les week-ends de courses sans catastrophes étaient à peu près aussi nombreux que peuvent l'être les actuels avec des accidents graves ! Mais cette nouvelle là n'arrive pas à passer, comme deux ans plus tôt pour Christian Ravel …

 

 

Il nous faut maintenant attendre la sortie des journaux moto pour obtenir plus d'information, des précisions, … la confirmation de ce que l'on ne peut pas croire ! ! !

 

Le début de la semaine est long jusqu'au mercredi soir. Nous sommes réunis, dans l'attente. Toute la bande des motards de Menucourt (95) où j'habite (la majorité est d'ailleurs en devenir car, sans permis, ils sont encore au stade des Gitane Testi, Flandria, Malagutti ou même des "bleues").

En effet l'un de nous, Bruno, travaille à l'imprimerie qui édite Moto Journal. Nous attendons donc son retour pour ausculter le N° 120 fraichement sorti des rotatives, quelques heures avant les autres puisqu'il n'est que le jeudi matin dans les kiosques ou les boites aux lettres.

 

La couverture annonce la couleur " MONZA : LE CAUCHEMAR

 

Triste nostalgie - Hommage à Jarno et Renzo - Il a 40 ans déjà ...

Nous dévorons rapidement les deux doubles pages consacrées au sujet :

 

Triste nostalgie - Hommage à Jarno et Renzo - Il a 40 ans déjà ...
Triste nostalgie - Hommage à Jarno et Renzo - Il a 40 ans déjà ...

Un terrible coup de tonnerre vient de d'ébranler le monde de la moto
déjà en pleine mutation, tant au niveau commercial que sportif.
L'enquête ne fait que débuter, mais plutôt qu'un long discours,
relisons les propos du journaliste PH. MICHEL :

Triste nostalgie - Hommage à Jarno et Renzo - Il a 40 ans déjà ...

Comment le Continental Circus peut-il évoluer dans ces circonstances ?

Nous en devisons longuement, mais sommes déjà persuadés que nous vivons la fin d'une époque … et le début d'une nouvelle ère !

 

 

Jarno, le Finlandais volant,

tout jeune marié avait 27 ans et un avenir très prometteur :

 


 
 

Renzo, le Poulidor de la moto en Italie.

Il avait 34 ans et laisse deux jeunes enfants …

 

 

 

Les palmarès de Jarno et Renzo
sur le très complet site "pilotesgpmoto.com".

 

Et d'autres photos sont visibles sur l'excellent site Bike 70 - François Gomis.

 

L'émotion est toujours grande et bien présente
à l'évocation de ces moments particuliers !

 

 

 

Une immense gratitude à ce bon Dédé de Bretagne qui m'a ouvert ses archives pour me rafraîchir
la mémoire puis m'a envoyé ses exemplaires en double des Moto Journal de cette époque.

Une mine d'information, de gentillesse, de passion et d'amitié cet homme là ! ! !

 

 

 

 

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 14:11

 

Pour cette 77 ème édition du Bol d'Or, les organisateurs ont pris une décision drastique :
 

Interdire l'accès de la zone de camping aux voitures et fourgons …
ou la réserver aux motos.
 

Suivant ces points de vue, c'est déjà une manière bien différente d'aborder les origines de cette décision !

 

Cette sentence apparaît donc comme une sanction, ou comme une avancée hardie, en fonction de notre propre approche de la question.

 

Ainsi, nombreuses ont été les réactions exprimées, entre autre sur les réseaux sociaux. De l'annonce du boycott pur et simple à l'applaudissement des deux mains l'éventail des attitudes est vaste.

 

Mais, dans les faits, qu'en est-il ?

 

La fréquentation m'apparait moins importante que les années précédentes (attendons tout de même les chiffres), mais je ne suis pas persuadé que cela soit exclusivement en relation avec cette décision. Bien d'autres manifestations voient une chute engendrée avant tout par le contexte économique général !

 

Par contre, l'ambiance me semble plus détendue, plus sereine. La majorité des personnes rencontrées sur le site apprécient de ne plus assister à ces désolants spectacles de véhicules brulés (il y en a tout de même eu quelques uns), à angoisser face aux "runs" sauvages et non maitrisés qui se terminent parfois au milieu des tentes, à la multiplication des dégradations.

 

Bien sûr, cela demande une préparation différente, et éventuellement un peu plus d'efforts. Le matériel "de confort" véhiculé par les automobiles qui sont parquées à l'extérieur doit être apporté sur le site à l'aide de remorques, diables, chariots divers ou même à dos d'homme, mais c'est peut-être le prix à payer …

 

Nos voisins étaient suréquipés, au moins par rapport à nous. Groupe électrogène, pompe à bière, barnum, matériel de cuisine. Certes, l'acheminement, à bras, de la remorque représente une certaine pénibilité. Mais cela n'a eu aucune incidence sur l'ambiance au sein de ce groupe tonitruant qui apprécie ce nouvel environnement, plus apaisé ! ! !

 

Toutes les personnes rencontrées apprécient ce renouveau, même si beaucoup regrettent certaines facilités.

 

Mais il est vrai que toutes ces personnes sont celles qui ont acceptées un effort particulier ou qui avaient l'habitude de venir exclusivement en moto. Leur objectif primaire est de participer à un élan autour d'une course mythique, plutôt que de se lancer dans n'importe quel délires … ou pire, avoir à les subir.

 

Alors, sur le principe, je trouve dommage que des règlements contraignants soient imposés à tous pour pallier les excès de quelques uns. Mais, pour reprendre un principe libertaire basique, la liberté de chacun devrait s'arrêter où commence celle de l'autre ...

Et ces dernières années, notre liberté d'assister et de participer, sereinement, à ces "grandes messes" de la moto étaient sérieusement remise en cause par quelques uns (qui ne devaient d'ailleurs pas voir grand chose des courses ! ! !).

 

Et, ainsi, tous, nous gardons la liberté de venir faire et voir de la moto, ou de rejeter ces principes et aller faire une certaine forme de fête dans un autre univers …, mais non dédié à la moto !

 

A titre personnel, je suis favorablement impressionné par une organisation qui ose prendre des mesures qui ne sont pas obligatoirement bénéfiques pour elle, au moins à court terme, ne serait-ce qu'en terme de chiffre d'affaire.

L'envolée des prix des billets, souvent décriée, pourraient d'ailleurs en être impactée :

  • Moins de fréquentation et les charges incompressibles devront être réparties et engendrer une hausse significative (du billet, des engagements, des patentes commerciales, etc …) ;

  • Une fréquentation identique accompagnée de charges en baisse (surcoût des nettoyages et remises en état par exemple) et cela peut se traduire par des bénéfices pour le spectateur, suivant la stratégie de l'organisateur (stagnation du droit d'entrée et/ou amélioration des services).

Et là, nous sommes tous acteurs. Laisser un campement propre, ne pas cautionner les dérives au moins passivement en faisant abstraction des pauses devant les "exhibitions" (plus de spectateurs = plus de spectacles …), respecter les matériels mis à disposition, etc … Autant de domaines où nous impactons directement ! ! !

 

 

Alors je remercie l'organisation de cette position courageuse.

Mais je ne suis pas objectif bien sûr puisque cela ne m'apporte aucune contrainte nouvelle, bien au contraire …

 

 tribune

La foule est moins dense pour le départ,
mais les passionnés qui ont répondu présents sont là,
malgré un environnement économique défavorable,
une brise, sous un ciel plombé, omniprésente et vivifiante
(c'est vraiment un euphémisme),et ces nouvelles contraintes.


Ah oui au fait, il y avait aussi des motos,
pour l'ouverture du championnat du monde d'endurance …
et c'est cela que nous sommes venus vivre …
avec une plus grande quiétude ! ! !

 

 

 
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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 16:15

Un mercredi matin de la seconde quinzaine d'avril 1973 à Epinay sur Seine (93).

 

Me voici juché sur la Honda 250 verte de l'auto-école, mon moniteur en passager qui garde la main sur la seconde poignée de frein située sous la selle. Nous partons vers Stains pour essayer d'obtenir la feuille rose, prélude, en ces temps ancestraux, de la délivrance du fameux triptyque rose …

 

La tension est grande. J'ai un peu plus de 16 ans et dans deux mois, si je loupe cet examen, je serai coincé. L'age légal du permis A passe à 18 ans le 1er juillet prochain ! ! !

 

 honda1250

 

 

 

 

La verte bicylindres du matin
qui me porte, avec mes affres !

 

 

 

 

 

 

Mais comment suis-je arrivé là ?

 

Personne dans mon entourage ne pratique la moto. Ma seule expérience du deux roues réside dans le vélo. Enfin, pas tout à fait. Il m'est arrivé quelques fois "d'emprunter" le vélomoteur de mon Grand-Père. Je ne me souviens plus de la marque mais, à cette époque, c'était déjà une antiquité et je passais souvent plus de temps à le démarrer qu'à l'utiliser. Mais comme c'était grisant de filer les cheveux au vent, de maitriser cette machine interdite (mais qui n'était pas vraiment violente !).

 

Par contre, depuis mes plus jeunes années, mon regard a toujours était attiré par les motards. Pour moi, dans cette période, ce vocable ne s'applique qu'aux policiers ou gendarmes à moto.

Que ce soit du fond de la 2CV, 4CV, Ariane ou 203 paternelle, ou lors des défilés du 14 juillet, mon intérêt est aiguisé par la dextérité de ces équilibristes, par la puissance que semble délivrer ces machines, par l'impression de liberté engendrés par la maniabilité extrême de ces engins.

 

Et puis, avec l'adolescence, quoi de plus naturel que de se porter vers ces engins autant dénigrés par les parents. D'ailleurs, plus que les engins, c'est surtout leurs utilisateurs, ici civils, qui sont vilipendés. Des blousons noirs, des voyous, autant de vocables qui attisent probablement ma rébellion naissante …

 

Enfin, deux ans avant ce fameux permis de conduire, LA révélation.

Dans mon quartier, certains "grands" possèdent leurs bécanes et je "bave" devant, fréquemment sous leurs quolibets. Un jour l'un d'eux me met au défi de monter derrière lui. L'envie est plus forte que la crainte des réactions parentales et j'assume cet important acte d'insoumission en relevant le défi.

Quelle expérience ! ! !

 

Quels chocs de sensations, de sentiments, tous aussi forts que contradictoires :

 

  • L'impression de puissance dès le démarrage face à la hantise de ne pas tenir en selle ;

     

  • L'excitation due à la liberté des cheveux au vent (aucun équipement bien sûr) à peine voilée par les rodomontades à venir plus que probables ;

     

  • L'exaltation, un tantinet anxieuse, de tous ces mouvements de la machine ressentis par tout le corps, juste tempérée par la hantise de l'accident (j'ai déjà une expérience Protection Civile à cette époque).

     

 500four

 

 

 

 

 

L'objet du délit, identique à
celle-ci, entièrement restaurée
par l'un des deux fils de Dédé
(bon sang ne saurait mentir !)

 

 

 

 

 

 

 

 

La graine est solidement plantée et le terrain est propice.

 

En effet, depuis quelques années, tout est bon pour fuir l'environnement familial.

 

Les chantiers d'archéologie du Club du Vieux Manoir, mes activités à la Protection Civile, de l'internat suivi de ma première année en école hôtelière au centre de Paris où je peux vivre comme je l'entends et, très rapidement, des extras en restaurant tous les week-ends et même parfois le soir en semaine. Ce dernier aspect procure un début d'autonomie financière qui amplifie ma recherche de "liberté". C'est au moins comme cela que je le vis dans ces instants.

 

Depuis cette première balade moto, je renouvelle de plus en plus fréquemment mes sorties secrètes. Je commence à prendre le guidon en main, d'abord sur le port d'Argenteuil puis carrément sur route ! ! ! Ah, ces jeunes, quels écervelés … encore un garnement qui roule sans permis !
 

Je découvre aussi le monde de la compétition. Par les copains et la presse j'appréhende le Continental Circus, juste au moment du décès de Christian Ravel (4 juillet 1971 en course à Spa) étoile montante de la vitesse Française et face aux prouesses sur la piste, aux défis technologiques (dont certains deviendrons des standards) et aux "coups de gueule" d'un certain Éric Offenstadt. Ce sont donc mes premières références dans ce monde, avec, bien sur les stars de l'époque (Ago, Findlay, Sheene, ...). C'est aussi dans cette période que le père d'un copain nous emmène à Méru (60) pour assister à un Moto-Cross international.

 

Autant d'éléments qui attisent très fortement la passion naissante, qui alimentent les rêves, qui me poussent inexorablement dans cet univers.

 

Le décor est prêt. Je peux faire ma demande d'autorisation parentale pour passer mon permis A. Vu le contexte, je ne me faisais guère d'illusions, mais j'essayais d'y croire. Mes espoirs ont été vite calmés par un refus catégorique et sans appel.

 

Ma réaction fut tout aussi brutale.

 

Plus un mot à la maison où j'étais d'ailleurs de moins en moins souvent et ce pendant plusieurs mois. La seule marque de ma présence est l'écoute des musiques réprouvées (Led Zepplin, Pink Floyd, Deep Purple, Jimmy Hendrix, et autres "sauvages", tels qu'ils étaient qualifiés) ce qui, bien sûr accroit le schisme.

Et comme il fallait bien occuper le temps dehors, je continue à faire de la moto quand l'occasion se présente, je verse dans des activités politiques, comme par hasard diamétralement opposées aux préceptes familiaux.

 

Un soir, convocation dans la chambre parentale. Vu l'ambiance délétère, je m'attend à une vigoureuse "remontée de bretelles". Que nenni. Un long discours relatif aux dangers de la moto, au fait qu'ils ne peuvent pas et ne veulent pas financer un tel projet, à la vie que je mène et à ce que je fais vivre à mon entourage, et blabla et blabla. Bon, c'est bientôt fini ?

Et bien non, ce n'est pas fini. J'aurai les autorisations nécessaires, mais à quelques conditions. Je dois changer mon attitude et assurer la totalité du financement, permis, moto, assurance et équipement.

"Et que je ne te vois jamais rouler sans bottes, casque, gants, pantalon et blouson de cuir. Ce serait l'interdiction immédiate d'utiliser ta moto et tu es toujours mineur ! ".

 

Mes sentiments sont discordants. Je suis euphorique à l'idée de passer ce cap, mais j'en veux à mon Père de me laisser me débrouiller de tout et d'accroitre mes contraintes. Je bosse comme un enragé et alimente chaque semaine mon livret d'épargne tout neuf, mais qui gonfle rapidement.

 

Ce fameux matin d'avril 1973, je gare la moto le long du trottoir à Stains. L'anxiété grandit. L'inspecteur est un "vieux" (probablement mon age actuel !) d'aspect ronchon. Le terrain a été reconnu la semaine précédente et il va bien falloir y aller. Les motos ouvrent le bal, avant les voitures.

 

Et, en ces temps immémoriaux, pas de plateau, pas de radio, pas de voiture suiveuse, tout se fait à vue ! ! !

C'est mon tour. J'enfourche la bécane, la tremblote au bout de doigts. Allez, on respire un grand coup et on y va.

Clignotant à gauche, vérification de l'absence d'autres usagers et la moto s'ébroue. L'inspecteur est sur le trottoir et se porte, à pied, vers le carrefour tout proche.

Le feu est vert, clignotant à droite et je m'engage sur cette ligne droite. Une priorité, mais personne en vue. Il faut tout de même actionner la poignée de frein pour faire miroiter le feu stop et démontrer ainsi à l'examinateur la maîtrise de l'environnement … et repartir sur quelques centaines de mètres.

Au bout, une fourche où il faut faire demi-tour. Toujours en vue du "cerbère", clignotant et appels de stop pour couper, avec prudence, les deux voies et revenir vers le point de départ. Le long du mur du cimetière, il faut pousser les vitesses et vite rétrograder et freiner car le feu est rouge. Clignotant à gauche, s'engager dans l'avenue initiale, clignotant à droite, se garer, descendre de la moto et traverser, à pied en poussant la machine, pour la garer le long du trottoir opposé et laisser le suivant s'élancer.

 

Et c'est l'attente.

 

Heureusement, nous sommes peu à passer le permis A.

Lorsque la séquence moto est terminée, l'inspecteur s'installe dans une auto-école aux côtés du premier candidat, sort ses documents, les complète et m'appelle. Laconique, il me tend par sa fenêtre ouverte mon feuillet qui va me servir de sésame jusqu'à la délivrance du document définitif. J'exulte secrètement, et mon esprit vagabonde vers le centre de Paris où somnole l'une des machines sélectionnée dans les jours précédents.

 

Je repars tout seul avec la CB 250, le moniteur restant sur place pour les permis voiture. Je dépose la moto à l'auto-école et fonce vers la poste avant la fermeture de midi pour y puiser les sommes nécessaires à une après midi dépensière.

Un casse-croute dans le train, quelques stations de métro, avec tout mon équipement, et me voici chez le motociste, Murit, je crois.

Vite, un vendeur, je veux la Honda CB 350 rouge et blanche. Le tête de fourche est cassé et sans bulle, mais peu importe, elle est dans mes prix.

Nous commençons les papiers relatifs à la vente et à l'assurance provisoire, mais en inscrivant la date de naissance, le vendeur s'arrête : "mais vous êtes mineur, j'ai besoin de l'autorisation de vos parents".

 

Douche glacée. Vu le contexte, cela ne va pas être simple.

 

Négociation avec le vendeur qui accepte que le document soit signé à distance s'il peut converser téléphoniquement avec les parents.

Appels à mon père sur son lieu de travail qui accepte de me recevoir pour signer les documents. De nouveau le métro jusqu'aux Lilas (il y avait encore un poinçonneur !). Plus d'un kilomètre de course à pieds effrénée, signature rapide mais tout de même assortie de quelques remarques et conseils, retour essoufflé au métro et il me reste moins d'une heure chez le concessionnaire pour finir la transaction et prendre en charge la bécane !

Honda-CB350-1970

 

 

 

 

C'était presque la même que celle-ci.
Un guidon multi-positions,
un carénage tête de fourche, enfin ses vestiges,
et me voilà comblé !

 

 

 

 

Je ressens encore cette joie intense qui me submerge lorsque je traverse Paris. Seul au monde malgré les embouteillages. Chevauchant MA moto vers d'autres espaces de liberté et d'évasion.

 

Le lendemain matin, c'est la galère dans les embouteillages, mais peu importe. Je savoure cette entrée dans la cour de l'école. Je regagne la zone réservée aux deux roues. Plus de vélos et de 50cc que de bécanes. Tout de même une autre 3½ Honda, bleue, un 500 Suzuki … et la Malagutti de Jacques qui me paraît nettement plus frêle maintenant. Les copains s'agglutinent, y compris Michel qui sera bientôt en 125 mono-cylindre. Les discussions vont bon train, je suis un membre à part entière de la clique motardesque ! ! !

 

Je ne sais pas encore ce que je vais découvrir au travers de cette passion, mais c'est géant :

Les copains, les rencontres de Bastille, les "courses" de Rungis (surtout en spectateur pour moi), les expéditions plus ou moins lointaines, les galères des pannes ou de la météo, les frissons sur les circuits, l'entraide, le partage, mais aussi le doute, particulièrement après des accidents, parfois mortels … (ces débuts sont relatés dans l'article "Ma genèse motocycliste" et les suivants)

 

Et en définitive, à cette occasion et avec le recul du temps, mon Père m'a fait le plus beau cadeau de ma vie d'adolescent en m'obligeant à migrer vers l'adulte qui se prend en charge, qui assume ses choix.

Il m'a sûrement évité de graves pépins en me faisant prendre conscience de la valeur des choses, des risques encourus, du poids des conséquences de chacun de mes actes.

Il m'a fait confiance, et j'ai toujours œuvré pour rester digne de cette confiance, pour ne pas lui faire regretter un choix de parent pas évident à faire (mais on ne le comprend vraiment que lorsque c'est à notre tour de subir ce type de situation !).

Plus difficile d'écrire ceci. Pile 10 ans après il nous quittait …

 

Et voilà, quarante ans après la passion est toujours là, même après une longue pause imposée par les contraintes familiales et professionnelles.

Sans l'attrait de la nouveauté bien sûr, mais avec des motivations décuplées.

 

Ce n'est pas l'objet que j'adule, mais ce qu'il procure :

 

  • Le sentiment de liberté (qui reste relative), l'euphorie de dompter la machine, la satisfaction de vaincre (ou au moins de gérer) les contraintes de l'environnement (météo, autres usagers, répression outrancière, …) ;

     

  • Mais aussi et surtout l'environnement humain. Les rencontres nouvelles, les échanges, le partage de notre passion et souvent plus d'ailleurs, les bons moments sur un circuit, dans une concentration, lors d'une balade ou autour d'une "petite bouffe" entre copains. Autant d'éléments qui s'accroissent par une quasi abolition des barrières socio-culturelles et parfois linguistiques.

     

 pat350

38 ans après ce permis, j'essaye à nouveau ce fameux 350 CB,
ici restauré par Dédé (de Bretagne bien sûr).

Dessus, j'ai l'impression d'être en string !

Et en visionnant je réalise la portée de l'expression :
"un crapaud sur une boite d'allumettes" ! ! !

 

  • Combien de temps vais-je ajouter à ces 40 années de permis ?

     

  • Combien de kilomètres vais-je encore arpenter après l'approximatif million déjà parcourus (dont plus de 700 000 avec les 4 dernières et fidèles Diversion) ?

     

  • Combien de personnes vais-je aussi découvrir ?

     

 

Je n'en sais rien, mais j'espère longtemps et beaucoup !

 

perrmisbis

Un VRAI trois volets, en kit, qui a bien vécu, surtout les premières années ! ! !

On était bien gamin tout de même pour être lachés sur de tels egins ...

 

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 14:05


 

  • Si, particulièrement en tant que motard, vous désirez participer à cet élan ;

  • Si, techniquement, vous voulez soutenir un projet novateur ;

  • Si, humainement, vous voulez prouver la force de la solidarité ;

  • Si, tout simplement, vous désirer être acteur d'une formidable aventure ;

 

Alors, découvrez, faites découvrir et adhérer au projet GECO ...

 

UN HOMME : Éric OFFENSTADT

 

Tout d'abord, connu pour les plus vieux mais à découvrir pour les autres, un homme aux multiples facettes, dont 3 particulières ; un pilote moto passé aussi par la voiture et un préparateur hors pair :


pepe-11961 - champion de France 175 cm3 à 22 ans.

1970 - Retour aux deux roues dans la célèbre et tonitruante écurie Baranne de l'importateur Kawasaki Xavier Maugendre où officie Christian Ravel, le meilleur espoir Français du moment.

1971 - Éric commence à défrayer la chronique du petit monde de la moto en construisant un cadre monocoque et en étant le seul à utiliser des freins à disques. Il fini 6ème du Championnat ! ! !

1972 - Cet "agitateur" continue à bouleverser les idées reçues en roulant à Daytona avec la monocoque + des roues à batons en magnésium + des pneus sans chambre. De multiples sacrilèges … qui sont aujourd'hui des standards ! ! !

1973 - Dernière saison moto où il conçoit une boite 6 vitesses, fragile mais qui permet quelques réussite comme des places de 4ème en Tchécoslovaquie ou de 5ème au G.P. De France.

 

eric14

1963 - début en Formule 3. Élu pilote le plus spectaculaire par l'Equipe après une première saison impressionnante. Entre autre, il terrasse Jackie Stewart à La Châtre et termine le Championnat de France à un cheveu du vainqueur …

Les années suivantes, il évolue entre Formule2 et Formule 3 avec de superbes courses, entre autre une 3ème place au Mans devant Jackie Stewart et la Matra officielle !

1969 - Fin de la carrière automobile.

 


eric111972 – Déjà concessionnaire Kawasaki et Honda, il crée la célèbre société SMAC pour commercialiser ses cadres, roues et disques de freins.

1974 – Encore une révolution avec la conception d'un cadre en aluminium coulé et mono-amortisseur central ou des disques de frein revêtus de tungstène !

1975 – Recruté par Motobécane, il réalise la machine de G.P. sur la base du moteur 125 LT3, bicylindre.

1976 – La SMAC-Yamaha (avec fourche inversée magnésium) finit 6ème du Championnat du Monde 350 cm3 avec deux podiums. Jusqu'en 1980, il devient constructeur de la H.O. (Houzé-Offenstadt)

1978 – La futuriste et sulfureuse BUT est construite (cadre monocoque alu., suspension révolutionnaire,...). Mais la "politique" du paddock s'impose aux acteurs et aux médias. Conséquence, le financement disparaît malgré des résultats d'autant plus prometteurs que les moyens étaient fort limités ...


 

UN PROJET, la moto "HOMOCINÉTIQUE"
ou projet GECO

 eric15 

Éric n'a pas fini de cogiter. Ses multiples expériences se cristallisent dans un projet ayant pour objectif de réaliser une moto moins sensible aux effets parasites, plus véloce et plus sûre.

 Je ne vais pas présenter d'aspects techniques qui me sont assez abscons, et m'entraineraient certainement à écrire des âneries !

 

Mais je fais confiance à l'indépendance, la criticité et l'expertise du staff technique Michelin, impressionné par les capacités en devenir …

 

Ce projet porte le nom de Geco (Gecko, un petit lézard protégé du sud de la France, région de résidence d'Éric). Le principe est d'améliorer les liaisons au sols en liant les roues avant et arrière par un troisième amortisseur pour créer deux trains homocinétiques (homogènes, animés de la même vitesse).

Ceci permet, entre autre, de limiter l'usure des gommes et donc permettre des supports plus tendres pour une longévité accrue avec aussi pour conséquence d'optimiser freinages et accélérations.

 

Mais c'est maintenant plus qu'un projet, c'est une réalisation en cours. Si les phases de conception évoluent, le stade de la réalisation est en marche.

Grâce aux partenaires et à l'association, les matières premières arrivent, les pièces se forment et la gestation de la machine progresse vers une concrétisation prochaine ….

 

D'ailleurs, la présentation officielle du premier prototype est déjà programmée pour le mois d'octobre à Magny-Cours, lors du Championnat du Monde Superbike-Supersport ! ! !

 

 

DES PARTENAIRES PRESTIGIEUX :

De premiers partenaires apportent leur soutien actif :

 

Merci à eux! Et merci aussi aux futurs partenaires ...
Mais cette aide ne suffit pas pour l'instant à couvrir le budget prévisionnel de 35 000 € pour la première année.

 

 

UNE ASSOCIATION, ProGECO Moto

 pro-geco

Celle-ci est créée par des passionnés pour rassembler tous ceux qui croient à ce magnifique projet, et recueillir leur soutien financier. Et nous sommes déjà près de 2000 ! ! !

Pour faire partie de la nouvelle "Tribu du GECO ", cliquez ici : http://goo.gl/0BlOS

 

Mais l'aspect financier, n'est pas unique.

  • Vous pouvez apporter un concours précieux en relayant cette information auprès de vos proches, sur les forums, dans vos réseaux (sociaux ou autres), vos Moto-Clubs, etc …

  • Vous pouvez aussi proposer des compétences à l'association. Les domaines à couvrir sont larges et les quelques précurseurs ne peuvent pas tout prendre en charge !

 

Enfin, si vous désirez approfondir cette information, vous pouvez consulter la page FB et ausculter les médias (Eurosport, Moto-Revue, Moto Journal, Sport Bike, Moto Sport Suisse, …) qui ont déjà consacré de longs articles sur ce sujet, et continuent (cf. Moto Revue de ce jour ! ! !).

 

Alors, à bientôt dans et/ou autour de la "Tribu du GECO", ceux qui voient que nos standards techniques actuels ont grandement été propulsé par ce bonhomme étonnant, et qui désirent participer à la conception d'une moto résolument nouvelle et plus sûre avec ce fameux "Pépé" !

 

  • Rejoignez nous dans cette superbe aventure, avant tout humaine ;

  • Inscrivez vous dans cet élan qui allie bizarrement la technologie moderne à la nostalgique ambiance du Continental Circus ;

  • Soyez un acteur à part entière dans cette dynamique révolutionnaire, dans le sens ou elle bouleverse nombre d'idées reçues et … fortement ancrées ! ! !

  • Ayez le privilège d'être dans le premier cercle des supporters de ce projet ;

  • Retrouvez vous sur cette carte géographique, et en possédant cette carte de membre :

 

 carte-geco

 

 

 carte-membre-geco

 

 

 

 

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 15:06

 

Je n'aime pas me faire surprendre sur la route et j'essaye d'avoir, le plus souvent possible, une certaine marge de manœuvre pour parer à toute éventualité. Une longue expérience de la circulation associée à un passé actif en secours routier et para-médical et quelques évènements tragiques ont sûrement grandement participé à une attitude relativement mesurée dans la circulation.

D'ailleurs, Serge, entre autre, me chahute souvent en me surnommant "Monsieur Sécurité" ! ! !

Ceci ne m'empêche pourtant pas de me faire surprendre et de m'invectiver en me disant "là, mon p'tit gars t'as fait le c**" ...

 

 UN EXEMPLE D'EVENEMENT VECU EN DIRECT EN 2006 :lolo2006

à environ 40 km/h, par beau temps.
Une somme de quelques détails improbables se cumulent et c'est deux motos au tapis ;
Et un blessé aux 4 membres fracturés ...

 

N'importe quoi peut arriver sur la route, même le plus improbable. Je pourrais citer des dizaines de cas rencontrés, et je vais essayé de vous faire partager ma dernière expérience en ce domaine.

 

Hier, fin de mon retour du grand ouest en étapes (c'est une autre histoire que je vous conterais prochainement). Contournement de Poitiers sur voie rapide et je respecte la limitation de vitesse. L'environnement est parfait. Ciel bleu, fraicheur modérée, trafic fluide.

 

Je plonge dans une cuvette avec une longue courbe à droite. J'amorce le dépassement du camion qui est devant moi lorsqu'il fait clignoter ses feux stop, sans raison apparente puisque sa vitesse n'est pas démesurée et que la route remonte tout de suite après la courbe. Annonce de radar ? ? ?

 

À la hauteur de sa remorque, son clignotant se met en branle. Il ne va tout de même pas déboiter et m'envoyer dans la barrière ! Mon angle de vision est complètement bouché par la remorque et la courbe. Y a-t-il un véhicule mal garé ?

 

Soucieux de ne pas jouer au sandwich avec le mastodonte, j'ouvre les gaz en grand pour me sortir au plus vite d'une perspective peu réjouissante. La cabine est rapidement à ma hauteur et mon angle de vue s'élargit suffisamment pour découvrir un obstacle au milieu de ma voie ...

 

Et quel obstacle. Une espèce de parallélépipède brun d'environ 2 mètres de long sur 1 mètre de hauteur posé légèrement en oblique sur toute la largeur de la voie. La poignée de droite est vissée à fond, et je plonge à la corde entre les chicanes mobile (le camion) et fixe (ce qui me semble être un canapé) ! ! ! Je coupe les gaz pour retrouver une allure plus conventionnelle et remercie d'une main levée le camionneur qui, en fait, à tenté de me prévenir de ce danger. Un véhicule est déjà arrêté à la première borne d'appel et je continue ma route, toujours ensoleillée …

 

Cet incident me fait triplement enrager :

 

  • L'insouciance, ici un mauvais chargement, est malheureusement souvent rencontrée.
    Cela peut engendrer des catastrophes … aux premiers détriments des autres ! ! ! ;
     

  • Un jeune permis aurait probablement empoigné le frein et avait ainsi un fort potentiel à relever la moto et partir directement dans l'obstacle ou les rails … ;
     

  • Un radar à cet endroit, et j'avais droit à un retrait de permis. Une répression aveugle, bestiale et inappropriée dans un tel contexte (au moins à mon sens).
    Mais je préfère tout de même une vie sans permis qu'un super carton avec un permis … probablement devenu inutile ! ! ! (une forme de philosophie qui peut endiguer une fureur moins contenue).

 

Anticiper l'improbable est impossible, mais restons vigilants à tous les instants.

 

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 12:55

 

Dernièrement, une intervention de Christian Lacombe, après son passage à la concentration des Millevaches (19), m'a fait réfléchir (une fois n'est pas coutume !) et réagir.

 

Après avoir obtenu son aimable autorisation pour reproduire son texte, je vous propose ce sujet de réflexion sur l'évolution de notre environnement, de notre relation avec la machine, de nos attitudes, de la dimension humaine de notre pratique, . . . . Voilà de quoi occuper de longues soirées d'hiver, à lire et à débattre ! ! !

  30mj

lamoto-1976

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la majorité des anciens, Christian est connu et reconnu, mais il me semble important de présenter succinctement le personnage pour les plus jeunes. Cela me paraît d'autant plus crucial qu'une partie de ses propos s'adresse à eux.

 

Pendant trente ans Christian Lacombe œuvre au sein de Moto-Journal.

En 1973, année de mon permis, il est rédacteur en chef. On lui doit aussi de magnifiques photos (Saarinen à Monza, quelques heures avant le tragique accident qui coutât la vie à Jarno et Renzo ?)

 

C'est donc lui et son équipe qui rythment grandement mon entrée dans ce monde.

Pour l'anecdote, c'est d'autant plus vrai qu'à cette époque, un pote travaille dans l'imprimerie qui édite MJ dans le 78. Nous avons donc la primeur la veille au soir de l'info, des photos et des délires de ce team tonitruant.

 

Acteur engagé du monde de la moto, il publie, traduit ou participe à quelques ouvrages de référence tel que :

  • 30 ans de moto ;

  • Motos de rêves ;

  • Le livre de la moto ;

  • Année Moto ;

  • Sport pour tous – moto, route - tout-terrain - scooter ;

  • Le guide de la Moto ;

  • La moto verte en 10 leçons ;

  • The Motocycle ;

  • Guiness Guide to Motor Cycling ;

  • 750 Four -Le Film-

lamoto-1971

Voici donc le texte d'une personne qui a baigné dans l'univers de la moto sous la plupart de ses facettes, qui a vécu l'évolution galopante de ces dernières décennies et qui, personnellement autant que professionnellement, est probablement un des mieux placé pour émettre des avis critiques et néanmoins relativement objectifs :   

 

Hivernale du cœur

« Ô temps, suspend ton vol ». Mon retour aux 1 000 Vaches une quarantaine d’années plus tard dans le cadre d’un viril romantisme s’est accompagné d’une Proustienne « recherche du temps perdu ». Qu’était donc devenue la première grande hivernale française ?

Grande, elle l’est toujours – plus de 3 000 participants a vu d’œil. Mais là n’est pas l’important. C’est dans son âme qu’une concentre est une réussite, ou pas. L’âme motarde ; tout un programme.

En 40 ans, la planète moto a connu tant de bouleversements. Vulgarisation, démocratisation, multiplication.... De 150 000 motards à près de deux millions aujourd’hui, il y a de quoi perdre son âme. D’autant que cette fulgurante accélération s’est accompagnée d’une diversité de machines, de styles de pratique, de variétés de passion… à vous foutre le tournis.

Mais là, dans cet immense champ vallonné, tout se calme. On est là pour perpétuer la tradition. La bonne tradition, pas celle d’une nostalgie geignarde. Mais bien celle, immuable, des purs amoureux de la moto. De ceux qui savent converser avec leur moto. Le voyage hivernal, quoique clément cette année, sera toujours un moment privilégié d’échange entre l’homme et sa machine. Qui n’a pas caressé son réservoir, tapoté sa selle, au terme d’une longue journée de roulage dans la froidure. On est là pour une réunion de famille. Une famille extraordinaire, multiculturelle, multisociale, multi tout, de groupes, de clans, de marques, de départements, de régions, de nationalités… unifié dans ce qui doit être l’âme d’une démocratie idéale. La communication et le partage sont les deux mamelles des 1 000 Vaches.

Il y a 40 ans, la moyenne d’âge des participants tournait autour des 20 ans. Aujourd’hui elle est plutôt d’une cinquantaine d’hiver et cela m’attriste. Certes, j’ai bien aperçu ici et là quelques jeunes, fils de vieux motards pour la plupart. Mais pourquoi la majorité de nos jeunes motards boudent-ils les concentres hivernales ? Plus le goût de l’effort ? Pas l’envie de communiquer avec les anciens, jugés rabat-joies ? Choix de moto inadapté ? (y compris celui de s’offrir une machine au-dessus de ses moyens, avec pour conséquence moins de roulage). Probablement un peu de tout ça, avec la perspective, à plus ou moins long terme, que les concentres disparaissent. D’où l’importance de les multiplier, de créer des clubs plus routard que compétition. Enfin, et surtout, c’est aux anciens de faire découvrir aux nouveaux l’âme des concentres.

Autre constat, la majorité des participants sont venus de province (petite ville / village). Alors que le gros des motards est dans les grandes villes. Résultat d’une pratique de la moto plus tourné vers son aspect pratique que ludique. Du moins pour le plus grand nombre de motards citadins. Je n’aime pas l’idée de « après nous le déluge », et toute ma vie professionnelle de journaleux a été dicté par « donner l’envie d’avoir envie ». La pérennité de la passion moto et de son développement en dépend. Ici au 1 000 Vaches, cette passion sature l’atmosphère, palpite autour de chaque feu de camp avec ce plus propre aux concentrations hivernales : la fraternité.

PS : Grand grand merci à Bill pour sa gentillesse, sa disponibilité, ses talents d’organisateur, et aux motards fidèles lecteurs de MJ qui ont reconnu leur « vieux frère ».

 

  lamoto-1977

Je vous laisse réagir à ces propos, dans votre coin, avec vos copains ou au travers des commentaires de ce blog afin de continuer à partager . . .

 

Certains l'ont déjà fait sur le forum du Moto Club Meymacois. Parmi ces répliques, je vous en soumet deux :

  • Celle d'un (légèrement) plus jeune qui positionne un certain point de vue de la génération montante.

  • Ma propre réaction issue de mon émotion à la lecture de ces lignes dont je partage parfaitement le fond et peut-être un peu moins certaines formulations.

 

La répartie de Nono le Girondin :

 

La plume n'a effectivement pas pris une ride.

Quel bonheur de lire un tel sujet, une telle vision des choses, aussi perspicace soit elle !!

J'apporterais cependant un peu d'optimisme à Mr Lacombe en lui parlant de mon Millevaches.

C'est en effet à l'initiative d'un ami, F6, participant de première heure puisqu'à peine son permis en poche il participait à l'édition de 1970 au guidon de sa Ducati. 40 ans plus tard, il était de retour.

J'avoue avoir une réelle admiration pour F6. Motard au long court, il a un peu tout vu et tout connu, de la route à la piste. C'est en le suivant lors de meetings que j'ai appris à "rouler" sur route, vraiment, c'est à dire rapidement, mais avec toute la sécurité nécessaire. De plus, il vit la moto autant qu'il la pratique, c'est un peu à ça aussi qu'on reconnait les "anciens".

C'est ainsi dans cet élan que je me suis inscrit, accompagné de mon fidèle Jean Baptiste. JB, c'est mon pote de Bordeaux, jeune motard amoureux de la vie, de l'apéro et de la moto (tout en dissociant les 2 quand il faut rouler).

Ainsi, JB (25 ans) et moi-même (37 ans) participions à notre première concentration hivernale, notre premier Millevaches. Avec nos motos de tous les jours, des sportives peu ou pas faites pour ce genre d'épreuve (j'en veux pour preuve ma tentative de montée de la légère pente avec ma Ducat' et me retrouvé piégé patinant au beau milieu). Et avec la logistique minimale pour passer un w-e dans les meilleures conditions. Et s'il avait neigé, nous aurions quand même essayé de parcourir les 300 kms pour nous y rendre et tenter de monter sur le plateau, non mais !!

Et je veux ainsi rassurer Mr Lacombe par cet exemple, en montrant qu'effectivement des anciens savent allumer la flamme chez les novices. Que nous avons fait fi de toutes les difficultés que nous aurions pu rencontrer, notamment en nous inscrivant bien à l'avance. Que nous allons participer à faire connaître cette manifestation qui, il faut le dire, manque de publicité auprès d'un plus large public.

Certes, il faudra surement tempérer les ardeurs afin de ne pas retomber dans les problèmes des années 70 qui amenèrent à procéder à des "invitations" ni à en faire une manifestation "commerciale".

Mais, en constatant tous les jours le maigre flot de motocyclétistes bravant les conditions hivernales, je sais que les Millevaches s'adressent à un public choisi, à ce groupe qui, ne se connaissant pas, partagera le même état d'esprit autour d'un bon vin chaud en narrant ses péripéties de trajet, avec ce bon rire gras et cette convivialité qui font l'évènement.

  lamoto-1982

 

La réponse de Div19 :

 

Tous ces constats que tu évoque avec une pointe d'amertume voilée derrière les multiples questionnements, je les vis régulièrement. D'ailleurs, au cours de ces Millevaches je disais à un de ces jeunes : "Les personnes à moto ne sont pas obligatoirement des motards", au moins dans le sens ou je l'entend.

 

C'est vrai que depuis mes débuts en moto il y a 38 ans, le marché a bien évolué et l'état d'esprit avec (et c'est peut-être l'inverse d'ailleurs). Je crois que cette évolution n'est pas propre à la moto, mais générique, globale, une mutation apparemment inéluctable de la société. Tu évoque une réunion de famille, et c'est comme ça que j'ai toujours voulu le vivre, avec une recherche de l'abolition des barrières socio-culturelles, linguistiques, historiques ou autres qui favorise l'ouverture d'esprit, la compréhension et l'acceptation de l'autre pour offrir les joies du partage et de la communion.

 

J'ai l'immense plaisir de continuer à pouvoir vivre ces moments forts de rencontres d'hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, ouvriers et patrons. Notre fédération est la moto. Nos objectifs sont le partage, la détente, l'entraide, la rigolade, . . . Nous gagnons tous dans ces échanges pas toujours faciles, mais fortement valorisants.

 

Tu as effectivement grandement œuvré dans le "donner l'envie d'avoir envie" et j'espère que nous sommes encore beaucoup à continuer dans ce sens. De nombreux jeunes s'activent dans nos sillages (j'en donne deux exemples dans mon CR des Millevaches, et l'on en trouve de nombreux autres dans les pages de mon blog). De nombreux jeunes apprécient de partager nos histoires, de "pomper" notre expérience ou de participer à nos virées. Certains sont même étonnés que nous les acceptions. Excès de timidité, ou perte des notions de partage et d'échanges "gratuits" ?

 

Enfin, Christian, je veux te remercier pour tes propos qui doivent faire chaud au cœur des personnes qui se sont investit corps et âme dans le renouveau de cette concentration mythique. J'ai eu l'honneur, la chance et le plaisir de participer aux prémices de cette résurrection et j'affirme et répète que la clef de voute de toute cette réflexion résidait dans ces termes :

"Garder, autant que possible, l'esprit de l'époque"

A ce titre, ta conclusion est probablement le plus bel hommage qu'ils puissent recevoir. Il me reste à espérer que ces paroles du "grand gourou" (au moins pour nous, les vieux) donne l'envie à d'autres de participer à de tels évènements.

 

 

Merci chers lecteurs d'avoir absorbé tout cela.

La parole, ou plus exactement le clavier, est maintenant à vous . . .

 

 Quelques publications de Christian LACOMBE.

Millevaches 2010 - Réflexion issue des propos de Christian "Papy" Lacombe
Millevaches 2010 - Réflexion issue des propos de Christian "Papy" Lacombe
Millevaches 2010 - Réflexion issue des propos de Christian "Papy" Lacombe
Millevaches 2010 - Réflexion issue des propos de Christian "Papy" Lacombe
Millevaches 2010 - Réflexion issue des propos de Christian "Papy" Lacombe
Millevaches 2010 - Réflexion issue des propos de Christian "Papy" Lacombe
Millevaches 2010 - Réflexion issue des propos de Christian "Papy" Lacombe
Millevaches 2010 - Réflexion issue des propos de Christian "Papy" Lacombe
Millevaches 2010 - Réflexion issue des propos de Christian "Papy" Lacombe
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