Un matin, j'arrive chez Tissot motos (Yamaha Montélimar), probablement pour changer un pneu. Pierre Tissot m'accueille assez agressivement, ce qui n'est pas dans ses habitudes :
- Que sont ces âneries que tu racontes sur notre compte ?
Il est vrai que je blague souvent de tout ou de rien, mais j'essaye que ça ne porte pas à conséquence. Néanmoins, là je suis peut-être allé trop loin. Devant mon étonnement, Pierre précise sa pensée :
- Il y a un gars qui vient de ta part pour que j'équipe sa moto du même système de passage automatique des vitesse que j'aurais monté sur la tienne !
Je suis de plus en plus perplexe. Le seul système additionnel que j'ai fait monter c'est une prise allume-cigare, et je ne comprends même pas ce qu'il dit. Je lui rétorque donc :
- Es-tu sûr que ce gars venait de ma part, tu sais aussi bien que moi que je n'ai pas de tel dispositif sur ma machine.
- Un type qui roule beaucoup en Diversion rouge, qui en avait une bleue avant, il n'y en a qu'un et c'est toi. C'est un gars qui roule en TDM et avec lequel tu fais quelques sorties.
- Effectivement, je roule quelquefois avec Pascal en TDM, mais je ne le vois pas du tout te raconter un truc comme ça !
Mais en même temps que je prononce ces paroles, un doute insidieux s'immisce dans mes pensées. Il s'est effectivement passé quelque chose, il y a deux ou trois mois, qui aurait pu provoquer ce tohu-bohu. Intérieurement, je rassemble mes souvenirs, reconstruis l'histoire et éclate de rire. Oui, c'est bien moi qui ai provoqué cette situation, mais vraiment involontairement. Je raconte donc l'histoire à Pierre et Jacques Tissot et à Bruno, le mécano :
Nous faisions une petite balade tranquille avec les Bélugues de Bollène. Un grand peloton qui s'étirait sur de petite routes, un temps magnifique, une humeur joyeuse. Lors d'un arrêt, nous discutons par petits groupes, et Pascal évoque un problème d'embrayage. Je lui fais part de mon étonnement, car ma machine a nettement plus de bornes mais n'a aucun souci. Par contre, il est vrai que je ne me sers pas souvent de l'embrayage et que cela est peut-être l'explication.
Pascal, qui me connaît bien pour souvent partir sur des délires, rigole et me demande de ne pas le prendre pour un abruti.
Le voyant dans cet état, mon esprit un tantinet taquin s'échauffe et je pars dans de grandes explications. J'ai un système, directement importé de la compétition, qui me permet de passer les vitesses sans embrayage. Là, il s'insurge et m'agresse littéralement :
- Vas-y, continue à me prendre pour un con !
- Mais non, pas du tout. D'ailleurs, je comprends ta réaction. Je vais donc te prouver que, pour une fois, je ne raconte pas d'âneries. Tu rouleras à côté de moi, je retirerai ma main gauche du guidon et je passerai mes vitesses.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Une fois le groupe sur son allure de croisière, Pascal se porte à ma hauteur et je commence mon récital. Main gauche sur le casque, je monte les vitesses, les descends, les remonte. Malgré l'intégral, je perçois l'étonnement de Pascal, il est éberlué.
A l'arrêt suivant, il est comme un fou et me demande des explications. Je poursuis mon délire avec des signes de connivences avec les autres dont André et Fabrice. Lorsque le pied approche du sélecteur, il ébranle le dispositif et je n'ai plus qu'a sélectionner la vitesse.
Il veut savoir s'il peut avoir la même chose sur le TDM. Et je continue de plus belle. Je sais que Tissot a eu du mal a adapter ça sur la Diversion et je ne pense pas qu'il recommencera l'opération.
Nous finirons la journée en rigolant sous cape. Et je pense que nous aurions été encore plus réjouis si nous avions connu la suite, à savoir, venir faire la demande chez Tissot.
L'énoncé de cette histoire provoque un éclat de rire général dans l'atelier.
Cet éclat de rire se renouvellera à chaque évocation de cet épisode, y compris avec Pascal. Très grand seigneur, il reconnaît s'être fait posséder, et pourtant, précise-t-il, avec toi on devrait toujours se méfier.
Sur ce coup là, le double effet d'un célèbre bonbon est largement dépassé !
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